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"À Toulouse, le pari de la mixité sociale au collège" (Sciences humaines) [avec un commentaire de l’OZP]

28 avril 2025

À Toulouse, le pari de la mixité sociale au collège
À Toulouse, le pari de la mixité sociale au collège - mensuel n°377 La ségrégation sociale constitue un des points noirs de l’école française. Désertés par les classes moyennes, certains établissements concentrent les difficultés. À Toulouse, des collèges-ghettos ont été démolis et leurs élèves resectorisés dans des collèges plus favorisés du centre-ville. L’expérience porte ses fruits.

Toulouse, 7 h 50. Le canal du Midi baigne dans une pénombre poisseuse. Parti du quartier du Mirail une demi-heure plus tôt, un bus scolaire s’arrête au centre-ville et déverse sur le trottoir une fournée d’élèves, sac au dos. Le temps de faire le tour de l’église Saint-Aubin, quelques foulards se transforment en écharpes par un tour de passe-passe qui permet aux jeunes filles de se présenter tête nue sur le parvis du collège Michelet, vaguement éclairé par la lumière jaune d’un lampadaire. Des jeans et des joggings, des vestons et des capuches, de longs manteaux de laine et des doudounes noires… Au niveau du portail, des adolescents dégainent leur carnet de liaison sous le nez de la principale, qui a un petit mot pour chacun. « Oh là là, c’est dur ce matin ! » sourit Lucie Crampette en direction d’une élève qui a encore le visage tout chiffonné. Pendant que la cloche retentit, la lourde porte qui se referme pousse les retardataires dans la cour où « les groupes sont mixtes, ils ne se forment pas en fonction des quartiers ». Un indicateur que la principale surveille comme le lait sur le feu, très attentive à ce que le brassage social ne se transforme pas en guerre des clans. Sur 780 élèves, l’établissement compte 28 % de boursiers. La jeunesse dorée des coquettes rues voisines y côtoie les enfants défavorisés du quartier prioritaire La Gloire, sous la gare de Toulouse-Matabiau, sur l’autre rive… mais aussi des gamins de cité vivant dans les tours à l’autre bout de la ligne de métro, par-delà la bretelle d’autoroute qui forme une épaisse cicatrice au sud de la Ville rose. [...]

Lucie Crampette, principale du collège Michelet à Toulouse

Depuis 2019, tous les écoliers du quartier de Bellefontaine au Mirail – comme ceux de la Reynerie avant eux – bénéficient de ce système de « busing » mis en place par le département de la Haute-Garonne, qui s’inspire d’un concept inventé aux États-Unis au début des années 1970. Testé pour la première fois en Caroline-du-Nord, ce procédé consistait à envoyer des navettes de ramassage scolaire dans des quartiers pauvres pour transporter les meilleurs éléments afro-américains vers des écoles blanches, afin de lutter contre la ségrégation raciale. Ce fut un échec, cette stratégie ayant conduit les familles favorisées à fuir. Ici, à Toulouse, le département a fait un choix bien plus radical. « Nous ne transférons pas seulement les boursiers ou les plus méritants, mais l’ensemble des élèves », souligne Isabelle Bertolino, qui a soutenu une thèse en 2024, intitulée « Contribution à la définition de la mixité sociale à l’école par l’évaluation du dispositif haut-garonnais » à l’université de Toulouse Jean-Jaurès. En charge de l’évaluation des politiques éducatives pour le conseil départemental, elle rappelle que celui-ci s’est appuyé sur un rapport du Cnesco publié en juin 20151 pour lancer l’expérience. Trop ghettoïsés pour être sauvés, deux collèges du Mirail – Bellefontaine et Raymond-Badiou – ont définitivement fermé leurs portes. La carte scolaire a été repensée, et les élèves dispatchés dans plusieurs établissements favorisés de l’agglomération toulousaine. Y compris le collège Pierre-de-Fermat et son portail classé ouvrant sur un ancien hôtel particulier, que certains aiment à rebaptiser le « Louis-le-Grand de Toulouse ».

Extrait de scienceshumaines.com du 23.03.25

 

Note du QZ :
Cet article est intéressant à plus d’un titre. Il met d’abord en évidence la centration de l’action collective sur le ressenti des élèves : développer le sentiment d’appartenance (on a vu combien cet enjeu était important lors des émeutes de Nanterre), faciliter les passages école/collège, faciliter et accompagner les transports... Cette expérience part d’une volonté politique ferme de la majorité socialiste du conseil départemental et de la collaboration du rectorat à cette initiative : enseignants supplémentaires "mixité", pas d’ouverture de places supplémentaires dans le privé... Troisième ingrédient nécessaire : une cheffe d’établissement et des enseignants engagés. Conclusion provisoire : il y a moins de fatalisme social et les élèves concernés peuvent élargir leur horizon.
L’article conclut en évoquant les quelques expériences similaires naissantes. On peut s’interroger sur le très faible écho de ce type d’initiatives auprès des responsables politiques qui multiplient les prises de position en faveur de la mixité sociale et scolaire.

 

Dans le même numéro :

Inégalités socioscolaires : le paradoxe français

C’est un constat alarmant que confirme depuis 20 ans chaque nouvelle édition des évaluations internationales Pisa. Avec un écart de compétences de 113 points entre les élèves issus de milieux favorisés et défavorisés (contre 93 points en moyenne au sein de l’OCDE), mesuré en 2022, la France compte parmi les pays où le niveau social des parents détermine le plus fortement la réussite scolaire à l’âge de 15 ans. Ce que l’on sait moins en revanche, c’est que ces inégalités varient fortement au fil de la scolarité à tel point qu’en début d’école primaire, la France caracole en tête des pays les plus égalitaires. Tel est le paradoxe hexagonal mis en lumière par une équipe internationale de chercheurs qui a comparé l’impact du statut socioéconomique des parents sur les performances des élèves en littératie dans six pays (France, Allemagne, Japon, Pays-Bas, Royaume-Uni et États-Unis).

[Extrait de scienceshumaines.com du 23.03.25https://www.scienceshumaines.com/inegalites-socioscolaires-le-paradoxe-francais]

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