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Apprentissages hétérogènes : comment les élèves progressent au collège ?
Une étude psychométrique de l’évolution des compétences des élèves
Par Marie-Camille Delarue, Laure Heidmann et Gaël Raffy
Education et formations, 107, décembre 2024, Pages 7 à 34
Les résultats de PISA 2022 pour les élèves de 15 ans réitèrent le même constat : la France se positionne parmi les pays les plus inégalitaires selon l’environnement social des élèves en compréhension de l’écrit et en culture mathématiques (Bernigole et al., 2023 ; Bret et al., 2023). Pourquoi et comment en est-on arrivé à cette situation ? À la fin des années 1980, Duru-Bellat et Mingat estimaient que le collège produisait dans ses deux premières années plus d’inégalités sociales de résultats que toute la scolarité antérieure (Duru-Bellat & Mingat, 1993). L’hétérogénéité des parcours qui en résultent fait de ces années scolaires à la fois un défi et un terrain d’analyse. Que se passe-t-il tout au long du collège pour conduire à de telles disparités socio-économiques de résultats chez ces élèves de 15 ans ? Saisir l’évolution de leurs apprentissages afin de comprendre où se forment ces écarts représente un véritable enjeu éducatif. Et la mesure des progressions (plurielles) devient essentielle pour analyser les disparités dans l’acquisition des compétences au collège et identifier les principaux facteurs qui les influencent. Dès lors, une fois ces différences de parcours au collège mises en lumière, comment les expliquer ? Dans quelle mesure sont-elles imputables à l’origine sociale des élèves, aux dynamiques internes propres aux établissements scolaires, ou bien aux inégalités scolaires antérieures ? Le rôle du milieu social est souvent mis en cause, sous l’angle de la reproduction sociale, mais comment le collège endigue ou au contraire aggrave ce phénomène ? Toutefois, ce même collège accueille des élèves de niveau très inégal. Dans la mesure où les acquis scolaires sont cumulatifs, ces inégalités initiales (observées à l’école primaire) pourraient être la source de celles observées au collège.
[...]
Différences d’apprentissage entre les élèves
En plus de l’évolution globale des scores, il est possible d’observer comment les élèves progressent selon certaines caractéristiques. La figure 2 présente les résultats en distinguant les filles des garçons. Tout d’abord, les filles ont de meilleurs résultats en français dès le CM2 et inversement, en mathématiques, les garçons ont de meilleurs résultats dès le CM2. Toutefois, alors que l’écart semble légèrement se creuser en français au profit des filles, ces dernières rattrapent les garçons en mathématiques au cours du collège. Cette réduction des écarts au collège en mathématiques est notable car elle diffère du constat fait sur le primaire, où les écarts en mathématiques, inexistants entre les filles et les garçons en début de CP, apparaissent dès le début de CE1 (Andreu et al., 2023). Enfin, les écarts de compétences selon le sexe sont plus prononcés en français qu’en mathématiques, une observation déjà établie dans un état des lieux des disparités de compétences entre les sexes à travers un ensemble d’évaluations nationales et internationales (Chabanon & Steinmetz, 2018).
La figure 3 permet de visualiser les inégalités scolaires entre milieux sociaux en présentant l’évolution des scores en fonction du plus haut diplôme obtenu par les parents. Les écarts de performance sont frappants : en moyenne, les élèves dont les parents n’ont pas obtenu de baccalauréat n’atteignent jamais, au cours du collège, le niveau de français de fin de primaire des élèves dont les parents ont au moins un diplôme de master. Toutefois, un parallélisme des progressions moyennes entre les groupes d’élèves est globalement observé, à l’exception de la fin du collège. En français, les élèves les plus défavorisés connaissent un décrochage en classe de troisième, tandis qu’en mathématiques, ce sont les élèves les plus favorisés qui enregistrent une progression plus marquée. Ces progressions plus différenciées en troisième à l’avantage des élèves socialement favorisés pourraient être la conséquence de la crise sanitaire, les élèves du panel n’ayant jamais redoublé étant en troisième pendant l’année scolaire 2019-2020. Une étude menée en Italie sur l’effet des fermetures d’écoles entre 2019 et 2021 sur des élèves en classe de quatrième (Carlana et al., 2023) montre en effet que la pandémie de Covid-19 a non seulement entraîné une perte d’apprentissage global en français et en mathématiques mais a surtout creusé des écarts préexistants en fonction du statut socio-économique.
Enfin, la figure 4 montre l’évolution des compétences des élèves selon le secteur de leur collège. Les élèves scolarisés dans les secteurs d’éducation prioritaire REP et REP+ arrivent au collège avec un moins bon niveau que leurs camarades du public hors éducation prioritaire, et ils progressent moins au collège, ce qui fait que les écarts de compétence se creusent. Les élèves scolarisés dans le secteur privé partent, quant à eux, avec de l’avance au début du collège et progressent plus vite en français et surtout en mathématiques.
Les écarts de performance entre secteurs sont donc très importants à la fin du collège : en fin de troisième, les élèves de REP+, en moyenne, n’atteignent pas le niveau de fin de CM2 des élèves du privé en français, et en mathématiques, leurs scores dépassent légèrement ceux de fin de sixième du privé. Cet écart plus important en français pourrait être dû à la crise sanitaire car on a vu qu’elle avait surtout affecté les apprentissages de ce domaine, et les élèves issus de milieux défavorisés sont les plus touchés, constat confirmé par plusieurs études internationales (Betthäuser et al., 2023). Toutefois, le creusement des écarts est déjà visible en quatrième, avant la crise sanitaire. Il pourrait provenir des inégalités socio-économiques entre les différents secteurs, puisque les collèges privés accueillent des élèves plus favorisés que dans le secteur public, et à l’inverse, l’éducation prioritaire est implantée dans les territoires défavorisés. Une analyse économétrique plus fine présentée dans la section suivante permettra de démêler l’effet du secteur de scolarisation de celui du milieu social sur les apprentissages des élèves.
Extrait de shs.cairn.info de décembre 2024
Le sommaire du n° 107 d’Education & formations
Apprentissages hétérogènes : comment les élèves progressent au collège ?
Une étude psychométrique de l’évolution des compétences des élèves
Par Marie-Camille Delarue, Laure Heidmann et Gaël Raffy
Pages 35 à 67
Les filles réussissent-elles mieux que les garçons leur première année d’études supérieures ?
Par Marianne Guille et Ali Skalli
Pages 69 à 90
L’insertion professionnelle des jeunes
Influence du parcours scolaire et des compétences générales
Par Fabrice Murat
Pages 91 à 119
Les parcours de reconversion professionnelle vers les métiers enseignants
Par Pascaline Feuillet
Pages 121 à 124