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Le rapport 2024 de l’Ocde "Regards sur l’actualité", est consacré à l’équité. Le commentaire de Nicole Belloubet (Le Café, ToutEduc)

11 septembre 2024

A la une
OCDE 2024 : la France championne du déterminisme social

Comment lutter contre le déterminisme social ? Les données de Regards sur l’éducation 2024 mettent l’accent sur les questions d’équité dans l’éducation et sur le marché du travail. Pour la France, la reproduction sociale atteint des sommets. 80% des enfants de parents diplômés de l’enseignement supérieur le sont aussi contre 25% pour les enfants de parents non diplômés. Le poids de l’origine sociale se mesure dès l’enfance en termes d’accessibilité aux structures d’accueil : les familles défavorisées ont moins accès à ces structures.

Sans diplôme

La part des 25-34 ans sans diplôme du second cycle de l’enseignement secondaire est passée de 13 % en 2016 à 11 % en 2023. Mais le rapport souligne qu’« en France, seuls 54 % des 25-34 ans sans diplôme du second cycle de l’enseignement secondaire sont employés (la moyenne de l’OCDE est de 61 %), contre 78 % de ceux qui possèdent un diplôme du second cycle de l’enseignement secondaire ». Les auteurs insistent sur le fait que les élèves qui ne parviennent pas à atteindre un niveau de compétence minimal dans les matières fondamentales sont affectés par le développement d’autres compétences essentielles, telles que la pensée créative.

Des inégalités socio-économiques

L’effet du niveau d’études des parents a un impact important sur la génération suivante. « En France, 80 % des 25-64 ans dont l’un des parents au moins était diplômé de l’enseignement supérieur en 2021 ont également obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur (la moyenne est de 72 %). En revanche, seuls 25 % des 25-64 ans dont les parents n’ont pas atteint le secondaire supérieur ou l’enseignement post-secondaire non tertiaire sont diplômés de l’enseignement supérieur (la moyenne est de 19 %) ». L’ascenseur social français resterait-il définitivement en panne ?

Et leurs reproductions

« La probabilité que les étudiants de l’enseignement supérieur terminent leurs études avec succès dépend de leur milieu familial », souligne le rapport. « En France, 75 % des étudiants dont l’un des parents au moins était diplômé de l’enseignement supérieur en 2020 ont terminé avec succès leurs études supérieures ». Ce pourcentage chute de 18 points pour atteindre 57% chez les étudiants dont les parents n’ont pas fini le second cycle de l’enseignement secondaire. La France se rapproche ainsi des USA qui a une différence de 19 points. Un modèle à suivre ? « La différence entre ces deux groupes va de moins de 7 points en Estonie, en Finlande et en Suède ».

Cet écart est visible dès la naissance. « Les enfants âgés de 0 à 2 ans issus de familles appartenant au tertile inférieur de revenu ont moins de chances, en 2022, de participer à des services de garde et d’éducation que les enfants issus du tertile supérieur de revenu (33 % contre 85 % pour la France, contre 32 % et 50 % pour la moyenne des pays de l’OCDE) ». Cet écart 85 vs 33 est nettement supérieur que la moyenne OCDE de 19 points.

Des inégalités entre les sexes

L’étude TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study – Tendances internationales des études en mathématiques et sciences) de 2019 montre que les écarts les plus importants entre les sexes ont été relevés au Canada (avantage de 19 points pour les garçons), au Portugal (17 points), en Espagne (15 points), en France (14 points). Une étude récente souligne que les filles se déclarent moins confiantes à niveau égal que les garçons, et ce quelle que soit la classe, en sixième, en seconde.

L’évaluation PISA 2022 pointait également que les filles devancent les garçons de 24 points en moyenne en compréhension de l’écrit (ce qui équivaut à peu près à une année de scolarité), tandis que les garçons avaient un écart de 9 points supplémentaires en mathématiques.

Ce rapport 2024 de l’OCDE pointe à nouveau le poids de nombreux déterminismes dans l’avenir des Françaises et Français comme l’origine sociale et le genre qui jouent un rôle important sur les parcours éducatifs et professionnels. Ces études ne cessent d’interroger l’investissement de l’Etat et notamment le budget attribué à l’éducation.

A l’heure où la question du budget 2025 va être débattue, celui de l’éducation sera-t-il « a minima sanctuarisé » ?

Djéhanne Gani

Télécharger la note OCDE sur la France
Télécharger le rapport Regards sur l’éducation 2024

Extrait de cafepedagogique.net du 11.09.24

 

L’OCDE met l’accent sur l’équité en éducation, N. Belloubet donne son point de vue

Cette année, l’OCDE qui publie son recueil de statistiques mondiale "Regards sur l’éducation" a choisi de mettre l’accent sur "l’équité dans l’éducation et le marché du travail". L’organisation internationale constate que, "en matière d’éducation", les inégalités "se manifestent dès le plus jeune âge" mais que, "paradoxalement, les enfants (les 0-2 ans, ndlr) qui auraient le plus besoin d’un service d’accueil sont en fait ceux qui ont le moins de chance de pouvoir en bénéficier".

Voici d’autres constats prélevés dans le document de l’OCDE

"Même au sein des pays les plus équitables", les élèves les plus défavorisés n’atteignent pas le même niveau de performance au test PISA que leurs camarades plus favorisés, note l’OCDE qui ajoute a contrario que le pourcentage des NEET a diminué entre 2016 et 2023 dans les pays de l’OCDE de 16 % à 14 % (de 20 % à 16 % en France).

Autre constat, on redouble moins en France que dans les autres pays de l’OCDE, 1,2 % des élèves de l’enseignement élémentaire (1,5 % en moyenne OCDE), 1,1 % des collégiens (vs 2,2% ) et 2,4 % des lycéens (vs 3,2 %) ont redoublé en 2022.

"Entre 2013 et 2022, l’âge moyen des enseignants a augmenté." Au niveau collège, la proportion d’enseignants de 50 ans ou plus a augmenté d’un point en moyenne OCDE, de 8 points en France. En France, ils doivent assurer 720 heures de cours par an alors que la moyenne de l’OCDE est de 706 heures.

Au plus près des besoins du terrain

Nicole Belloubet a pris la parole pour affirmer l’importance du thème de l’équité dans l’éducation et l’accès à l’emploi depuis "plusieurs décennies". La ministre démissionnaire souligne la nécessité de "libérer l’initiative pédagogique" des acteurs de terrain. Ce sont eux qui repèrent le mieux les besoins des élèves. Interrogée par ToutEduc sur la mise en oeuvre des groupes de besoins, qui pourraient différencier arithmétique et géométrie, grammaire et expression écrite..., elle répond qu’ "il y a plusieurs manières" de faire, y compris faire des sous-groupes dans des groupes qui doivent être hétérogènes. Il faut laisser l’initiative aux équipes.

Pour la ministre démissionnaire, l’Ecole doit être "pleinement inclusive", et elle doit apprendre aux élèves à "accepter l’autre" porteur de handicap tandis que la mixité sociale doit être "au coeur des établissements". L’Ecole doit aussi être attentive au lien avec les activités périscolaires, notamment celles qui sont proposées aux élèves dans le cadre du dispositif 8h-18h.

Ni la taille des classes, ni le niveau des salaires ne sont déterminants

Andreas Schleicher, directeur de l’éducation de l’OCDE ne lui répond pas directement, sinon pour confirmer qu’il faut "personnaliser, individualiser" les enseignements, mais il estime que la taille des classes a moins d’impact que le niveau en pédagogie des enseignants. Quant aux salaires, ils stagnent dans la plupart des pays de l’organisation économique, mais ils ne sont pas corrélés à l’attractivité des métiers de l’enseignement. Au Japon et en Finlande, ils sont inférieurs à la moyenne, mais le métier est intéressant et les perspectives de carrière réelles.

Extrait de touteduc.fr du 10.09.24

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