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Une note de France Stratégie (Matignon) propose que l’éducation prioritaire cible mieux les écoles en difficulté sociale, qu’elles soient ou non dans le dispositif

11 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

Écoles primaires : mieux adapter les moyens aux territoires ?
Écoles primaires : comment mieux adapter les moyens aux caractéristiques des territoires ?
NOTE D’ANALYSE
Publié le jeudi 11 avril 2019

Prévue pour garantir l’égalité des chances éducatives dans un système d’enseignement unifié, la politique d’éducation prioritaire suppose, pour être efficace, de bien « cibler » les écoles défavorisées. Est-ce le cas ?

Refondation de l’éducation prioritaire, dispositif « plus de maîtres que de classes », dédoublement des classes de CP-CE1…, depuis 2013 les moyens alloués à l’école primaire font l’objet de réformes successives avec un objectif : réduire le poids du déterminisme social sur la réussite scolaire. Ou, dit autrement : essayer de garantir l’égalité des chances dans un système qui offre le même enseignement à tous les élèves, quelle que soit leur origine sociale et donc leur capital culturel. Pour donner plus aux écoles des quartiers défavorisés, les pouvoirs publics disposent aujourd’hui de deux outils : l’inscription de ces écoles en réseaux d’éducation prioritaire et « l’allocation progressive des moyens entre académies » qui permet de surdoter certaines écoles. Deux politiques publiques qui, pour être efficaces, supposent de bien « cibler » les écoles les plus défavorisées à l’échelle du territoire national. Or, ce n’est pas toujours le cas, constate Clément Dherbécourt dans cette note d’analyse. Pourquoi et comment mieux adapter les moyens éducatifs à la réalité sociale des communes et des quartiers ?

Quand l’éducation prioritaire laisse certaines écoles « orphelines »
Parce qu’il signifie plus de moyens et moins d’élèves par classe, le label « éducation prioritaire » – qui concerne aujourd’hui 6 000 écoles primaires et 1 000 collèges – représente pour beaucoup un sésame. Mais comment l’obtient-on ?

Du côté des collèges, c’est assez simple : les établissements sont classés selon un « indice social » qui tient compte notamment de la proportion d’élèves dont les parents appartiennent à une catégorie socioprofessionnelle défavorisée. Une information recensée par voie de questionnaire. Du côté des écoles primaires, en revanche, c’est la labellisation en REP ou REP+ du collège de rattachement de l’école qui décide de son classement en éducation prioritaire. Or ce sont en moyenne six écoles qui sont rattachées au même collège « de secteur ». Un secteur qui, du fait de sa taille, écrase parfois la diversité sociale des quartiers. Certaines écoles situées dans des quartiers défavorisés se trouvent ainsi « orphelines » parce que rattachées à un collège sans label, quand d’autres sont « embarquées » dans un réseau d’éducation prioritaire alors que le niveau de vie du quartier dépasse la moyenne.

Pour mesurer l’ampleur de ce défaut de « ciblage », Clément Dherbécourt a mobilisé des données fiscales localisées de la statistique publique et classé les écoles selon le niveau de vie médian des habitants de la commune ou du quartier environnant l’école. Bilan : en 2016, l’éducation prioritaire scolarise les deux tiers des élèves des quartiers les plus défavorisés. Ce qui signifie que 350 000 sont encore hors réseau. Plus globalement, qu’il soit « orphelin » ou « embarqué », pour un élève sur sept environ, le label de son école ne correspond pas à la réalité sociale de son quartier.

La labellisation ne garantit pas un surcroît de moyens
Rééquilibrage. Les moyens des écoles ne sont cependant pas déterminés par la seule appartenance à un réseau d’éducation prioritaire. Depuis la mise en place en 2015 du dispositif « d’allocation progressive des moyens », les académies sont encouragées à moduler le nombre de postes d’enseignants alloués aux écoles selon « les caractéristiques sociales des communes ». Avec quel résultat ?

On compte 5,2 enseignants pour 100 élèves en moyenne dans les écoles primaires françaises. Un chiffre qui monte à 5,7 en REP et à 6,1 en REP+. L’éducation prioritaire est donc relativement mieux dotée. Pour autant, le niveau de vie du quartier n’explique qu’une part très faible des différences de dotations entre écoles d’une même catégorie et on n’observe de rééquilibrage effectif via la modulation des moyens qu’hors éducation prioritaire. Les écoles « orphelines » par exemple disposent, grâce à la modulation, de la moitié des moyens supplémentaires de l’éducation prioritaire.

Au niveau communal, la disparité des moyens entre écoles est telle que « sur les territoires urbains, la labellisation en REP ou en REP+ ne signifie pas systématiquement un surcroît de moyens », constate l’auteur. Pire, on trouve au sein des écoles des 20 % des quartiers les plus favorisés des écoles mieux dotées que dans l’éducation prioritaire renforcée ! Enfin, un grand nombre d’écoles situées dans des communes urbaines comptant 100 % d’écoles en éducation prioritaire, notamment en Seine-Saint-Denis, ont des taux d’encadrement qui ne se différencient pas ou peu de la moyenne nationale. Des constats qui valent jusqu’en 2016, c’est-à-dire avant la mise en place du dédoublement des CP-CE1.

Comment mieux adapter les moyens des écoles à la réalité sociale des territoires ?
Dans cette perspective, Clément Dherbécourt estime qu’il est urgent de disposer de données sur l’origine sociale des élèves, école par école, d’ici la fin 2019, c’est-à-dire avant la réforme de la carte de l’éducation prioritaire prévue pour la rentrée 2020. Ces données, systématiquement collectées au niveau des collèges, sont aujourd’hui l’exception au niveau des écoles.

Ensuite il s’agit d’affiner « le zonage » de l’éducation prioritaire. Soit en labellisant directement les écoles qui se révèlent défavorisées, sans tenir compte du classement (en éducation prioritaire ou non) de leur collège de rattachement. Soit en maintenant ce lien, mais en modulant les dotations des écoles au sein de chaque secteur scolaire selon la difficulté sociale spécifique de chacune. Cette seconde solution conduirait à déconnecter appartenance à un réseau et dotations supplémentaires. Les écoles « orphelines » bénéficieraient de moyens supplémentaires, notamment du dédoublement des CP-CE1, et les écoles « embarquées » pourraient rester dans le réseau mais sans le surcroît de moyens dont elles profitent actuellement.

Enfin, l’auteur propose de formaliser des « cibles indicatives de moyens par élève » calculées selon le degré de difficulté sociale des territoires. Un outil de pilotage objectif qui pourrait aider les rectorats à moduler les moyens entre écoles sur une base à la fois plus juste et plus transparente.

La réforme de l’éducation prioritaire cristallise des enjeux forts : casser le déterminisme social et rétablir l’égalité des chances éducatives. Pour y répondre, elle devra repenser l’allocation des moyens entre écoles, y compris le dédoublement des CP-CE1, en fonction de la réalité sociale des communes et des quartiers.
Céline Mareuge, journaliste web

Extrait de strategie.gouv.frdu 11.04.19.

Télécharger la note complète (12 p.)

[...] CONCLUSION Définition de critères sociaux pour l’allocation des moyens aux académies, indice national de di-culté sociale pour définir la carte de l’éducation prioritaire, dédoublements de CP et de CE1 dans les écoles prioritaires : on a observé ces dernières années un effort de systématisation des critères de ciblage et des modalités d’allocation des moyens visant à lutter contre la diffculté scolaire liée à l’origine sociale.
On voit cependant que la mise en œuvre de ces nouvelles règles aboutit fréquemment à des formes de désajustement entre la situation sociale d’un territoire et la politique publique qui y est engagée. La perspective d’une
nouvelle carte de l’éducation prioritaire en 2020 et les réflexions actuellement en cours sur la territorialisation des politiques éducatives doivent permettre d’aller plus loin. Cela passera nécessairement par une plus grande transparence sur les caractéristiques sociales des différents quartiers et sur les modalités d’affectation des
moyens enseignants dans les écoles publiques.

 

Comment mieux répartir les moyens à l’école primaire ?

Les faits Une note de France Stratégie, dévoilée par « La Croix », propose de concentrer les efforts sur les écoles socialement proches de l’éducation prioritaire sans pour autant relever de ce dispositif.
Denis Peiron,

Donner plus à ceux qui ont moins. Cette formule résume à elle seule la philosophie de l’éducation prioritaire, introduite à l’ère Mitterrand, dès les années 1980. Seulement voilà, longtemps cette politique a péché par excès de saupoudrage. Qu’en est-il aujourd’hui ? C’est ce qu’a voulu savoir France Stratégie, le commissariat général à la stratégie et à la prospective.Dévoilée ici en exclusivité, la note d’analyse consacrée à la répartition des moyens dans les écoles primaires publiques (1) dresse un constat plutôt positif. « Les réseaux d’éducation prioritaire scolarisent aujourd’hui les deux tiers des élèves des 20 % des quartiers les plus défavorisés », indique le document, précisant que... Il reste 80% de l’article à lire.

Extrait de lacroix.com du 10.04.19.

 

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