> ACTES ET PRODUCTIONS DE L’OZP > L’initiative OZP "Evaluons l’éducation prioritaire" (2018-2019) > Comment évaluer l’éducation prioritaire. Compte rendu de la Rencontre OZP du 7 (...) > La déclaration introductive de Marc Douaire : le contexte (rapports et (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

La déclaration introductive de Marc Douaire : le contexte (rapports et déclarations récentes), l’initiative de l’OZP (Rencontre du 7 novembre 2018)

13 novembre 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

Déclaration du président de l’OZP :
« Le contexte politique, l’éducation prioritaire
et l’initiative de l’OZP pour une évaluation publique de cette politique »

L’OZP a été amené à prendre des initiatives pour une évaluation de la politique d’éducation prioritaire dans un contexte marqué par la publication de plusieurs rapports, des déclarations ministérielles et des commentaires médiatiques qui font craindre une nouvelle dénaturation de cette politique sinon sa liquidation.

I- LE CONTEXTE POLITIQUE : RAPPORTS ET DECLARATIONS

A- Le rapport de la Cour des Comptes :Comment rendre plus efficace l’éducation prioritaire ?

Le rapport de la cour des comptes sur l’éducation prioritaire était attendu. Disons-le d’emblée : on peut apprécier un texte sérieux qui ne remet pas en cause les principes de l’éducation prioritaire.
La tonalité générale du rapport se situe plutôt dans une volonté d’améliorer son efficacité à moyen et long terme. Tout en soulignant que les objectifs d’amélioration significative des résultats des élèves ne sont pas atteints, la Cour des comptes n’en profite pas, comme d’autres institutions d’évaluation en leur temps, pour tenter de tordre le coup à l’éducation prioritaire et exiger sa délabellisation. Elle insiste positivement sur une mobilisation plus forte encore « des dispositifs dont l’efficacité est avérée mais en les ciblant davantage. ».
Même si elle évoque l’hypothèse d’une délabellisation - qui permettrait, selon ses partisans, d’éviter l’évitement des établissements en éducation prioritaire grâce à la généralisation d’une allocation progressive des moyens - elle insiste dès l’introduction sur le fait qu’il s’agit d’abord d’améliorer l’efficacité de cette politique. Elle encourage en particulier le ministère à se doter des outils lui permettant un meilleur suivi et une meilleure évaluation.
Le rapport reconnait que cette politique, placée au cœur des enjeux sociaux et territoriaux, a réussi à contenir les écarts de réussite scolaire dans un contexte de dégradation de son environnement social et territorial. Le rapport enfonce le clou : cette politique « constitue le principal outil pour répondre aux failles du système scolaire en termes d’équité et d’efficacité. ».
La Cour des comptes ambitionne que « l’éducation prioritaire soit considérée comme un laboratoire de l’école du socle commun et d’expérimentation des pratiques pédagogiques innovantes. ». Les orientations proposées permettraient-elles d’atteindre cet objectif ?

Ce qui va dans le bon sens :
-  Le renforcement des moyens donnés à l’éducation prioritaire notamment en ciblant l’action publique sur le premier degré : dédoublement des classes étendu à l’ensemble du cycle des apprentissages fondamentaux ( cp, ce1,ce2) en Rep+ et en Rep de façon différenciée, modulation de la taille des autres classes en fonction de la difficulté sociale, amélioration de la scolarisation des enfants de moins de 3 ans -
dont l’efficacité est prouvée et qui doit être réalisée sans attendre. La référence à la politique des cycles n’est pas anodine dans le contexte de la politique ministérielle actuelle.
-  L’existence des réseaux et la distinction REP+/Rep sont confortées. Il est suggéré de prendre en compte les écoles dites « orphelines ».
-  La répartition des moyens devra distinguer les allocations spécifiques des réseaux d’éducation prioritaire et les dotations ordinaires de l’ensemble des écoles et des établissements, laquelle devra s’effectuer en prenant en compte un indice synthétique de difficultés. Cette mesure, avancée en 2007 par l’OZP, permettrait d’éviter les effets de seuil et de sortir d’une logique binaire d’attribution des moyens. Toutefois, si elle n’est pas accompagnée d’un pilotage fort des réseaux les plus difficiles elle risque d’atténuer les effets des moyens investis.
-  Le renforcement du pilotage académique et l’élaboration d’un référentiel académique. Le bilan des réseaux ambition réussite réalisé par la Dgesco en 2010 avait déjà mis en évidence l’importance de cette question. Pour l’OZP, la politique d’éducation prioritaire doit être effectivement prioritaire dans l’ensemble des choix effectués par les recteurs.
-  La priorité donnée au remplacement des personnels exerçant en éducation prioritaire.
-  La possibilité d’affectation temporaire en éducation prioritaire pour des personnels volontaires qui conserveraient leur poste d’origine : c’est une proposition avancée en 2013 par l’OZP.
-  La volonté de renforcer la place de l’éducation prioritaire dans la formation initiale et d’accentuer les dispositifs de formation continue.
-  Enfin, les préconisations visant le développement de la mixité sociale dans les établissements - qu’il s’agisse d’un remodelage de la carte scolaire avec les collectivités ou de l’implication de l’enseignement privé sous contrat - vont bien dans le sens d’une plus grande justice sociale mais elles impliquent une détermination politique qui reste à mettre en œuvre véritablement.
Ces orientations rejoignent les propositions avancées par l’OZP depuis 10 ans.

Ce qui pose question :
-  Labellisation : l’Ozp a toujours soutenu que la labellisation est la condition d’un pilotage fort des territoires les plus en difficulté qui doivent rester lRep+ avec une déclinaison encore renforcée pour les futures « cités éducatives ».
-  Evaluation : si la mise en place d’un dispositif d’évaluation de la politique d’éducation prioritaire est nécessaire, il convient d’en poser des principes clairs. Cette évaluation doit porter sur les pilotages à tous les niveaux et permettre aux équipes des réseaux d’améliorer leurs projets. La multiplication des évaluations des acquis des élèves au début et à la fin de chaque cycle, au début et à la fin de chaque année scolaire, semble peu pertinente et peut être interprétée comme une remise en cause de la professionnalité des enseignants. Il est à noter que la Cour des comptes ne propose pas de rendre publics les résultats de ces évaluations.
-  Les préconisations concernant les personnels ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Les mesures d’attractivité et de reconnaissance de l’exercice professionnel en éducation prioritaire se limitent au champ indemnitaire et de façon contestable en suggérant de prendre en compte essentiellement l’investissement individuel, ce qui ne permettra pas de favoriser le travail collectif.
-  La nomination en éducation prioritaire est exclue si les personnels ont moins de 2 ans d’ancienneté : c’est parfait sur le principe mais rien n’est avancé pour la mise en œuvre qui ne va pas de soi dans les académies déficitaires.
-  L’expérimentation d’un établissement public de réseau. Certes, il ne s’agit que d’une expérimentation. Certes, les réseaux n’ont pas d’existence juridique, ce qui peut entraîner des difficultés dans la fluidité des actions engagées. Certes, plus qu’ailleurs, les réseaux sont engagés dans la construction d’une école du socle commun mais celle-ci n’est rendue possible que par la prise en compte des réalités scolaires dès l’école maternelle et donc par le double pilotage IEN et principal de collège. Attention à ne pas verser dans une autonomie fonctionnelle qui assécherait l’initiative pédagogique !
Le rapport est silencieux sur des éléments essentiels à la réussite des élèves : la pédagogie, le référentiel et les projets des réseaux, l’évolution de la professionnalité enseignante et la constitution de collectifs professionnels en éducation prioritaire.

B- La mission sur la territorialisation AZEMA - MATHIOT. L’OZP, première organisation reçue au ministère par ces deux personnalités, a mis en garde contre une politique dans laquelle l’éducation prioritaire serait noyée dans un ensemble fourre-tout d’où tout pilotage national aurait disparu. L’OZP a demandé une évaluation de l’EP comme politique publique distincte.

C- Le rapport du CNESCO sur les inégalités entre les collèges d’Ile-de-France.
Cette étude sur l’influence des inégalités sociales et territoriales sur la réussite scolaire dans les 874 collèges d’Ile de France a le mérite de montrer l’intensité de ces inégalités (« Une école pauvre pour les quartiers pauvres »), mais on n’y trouve aucune référence au travail engagé depuis 2013 dans la refondation de l’éducation prioritaire et pas de proposition utile.

D- Les déclarations du ministre J.-M. Blanquer :
- Déclarations lors du lancement de la mission Azema-Mathiot le 2 octobre :
« Les concepts de l’éducation prioritaire ont des effets pervers » ; « il faut un changement de paradigme » ; Il n’est pas normal d’être dans une situation binaire en EP ». Le ministre a annoncé un nouveau système de de répartition des moyens au niveau des établissements, à partir de 2020 .
- La communication au Conseil des Ministres du 24 octobre : Les prochaines étapes de la réforme éducative (notamment) :
. les dédoublements de classes de CP et CE1 en EP comme illustration de la priorité donnée à la maîtrise des savoirs fondamentaux.
. le développement d’une véritable culture de l’évaluation
. l’augmentation significative des postes à profil.
. la transformation des relations du ministère avec les territoires par une nouvelle allocation des moyens dans les territoires de l’EP et la ruralité.

II - UN NOUVEAU PARADIGME
-  « L’école efficace » peut-elle constituer seule le projet éducatif ?
La politique engagée par J.-M. Blanquer est en rupture avec celle de ses derniers prédécesseurs. A première vue, il y a contradiction entre d’une part un ensemble de décisions et déclarations conservatrices et même rétrogrades et d’autre part les dédoublements de CP et CE. Contradiction apparente : l’objectif principal du ministre est le changement de paradigme : instaurer un pilotage par les résultats.

J.-M. Blanquer ne considère pas la lutte contre les inégalités scolaires comme une priorité et prône de fait une politique élitiste. Il pense que l’efficacité scolaire, centrée sur les apprentissages fondamentaux, réduira mécaniquement les inégalités. Une politique d’égalité des chances en début de scolarité rendrait les inégalités acceptables pour la suite. Cette conception politique de l’école réduit la réussite des enfants des classes populaires à l’exfiltration de quelques-uns au nom de l’élitisme républicain.
L’autonomie accentuée des établissements, la multiplication des évaluations pour fonder le mérite individuel et la concurrence entre établissements, l’annonce de consignes pédagogiques archaïques, la multiplication des postes à profil, le recrutement massif et programmé de contractuels (qui seront inévitablement concentrés dans les territoires défavorisés), tous ces éléments sont la marque d’une politique éducative en rupture avec la refondation de l’école.

III - QUEL AVENIR POUR L’EDUCATION PRIORITAIRE ?
On constate une conjonction, dans différents milieux, de déclarations ministérielles, de déclarations publiques, de commentaires sur des rapports, de positions médiatiques pour dévaloriser l’éducation prioritaire (voire la rendre « responsable des inégalités sociales » comme l’a écrit « Le Monde en septembre 2016). Cette hostilité, cette haine à l’égard de l’EP a existé dès son origine comme si l’égalité des droits à l’éducation était inconcevable pour beaucoup.

Cette hostilité repose sur une ignorance complète
- de l’histoire de l’éducation prioritaire et des discontinuités ministérielles ;
- des rapports d’experts : Moisan/Simon en 1997 et Armand/Gilles en 2007
- des refondations engagées en 2014, après concertation en 2012 : refondation de l’éducation prioritaire, à l’intérieur de la refondation de l’école
- des enjeux de la politique d’éducation prioritaire.

Cette politique est fondée sur un projet collectif de plus grande réussite scolaire et une entrée par la pédagogie à travers le réseau (travail inter-degrés), la formation, le travail collectif et les partenariats.
Les enjeux ont été explicités en 8 propositions par dans Manifeste de l’OZP de janvier 2017.
Les séminaires et Journées nationales de l’OZP ont traité des questions relatives au développement de collectifs professionnels et à leur autonomie.

4 - POUR UNE EVALUATION PUBLIQUE DE LA POLIIQUE D’EDUCATION PRIORITAIRE
L’OZP, reçu le 20 avril 2018 par le cabinet du ministre, reçoit l’assurance qu’une évaluation serait bien organisée en 2019. Sans suite… Le 24 septembre, l’OZP demande à être reçu pour renouveler cette demande et connaître les dispositions prises pour l’organiser. Sans suite…
Face à ces silences, l’OZP décide de prendre l’initiative en constituant un conseil scientifique pour l’évaluation publique de l’éducation prioritaire sur la période 2014-2019 avec la participation des acteurs de l’éducation prioritaire. Ce conseil réunit des personnalités fortement engagées dans l’éducation prioritaire depuis de nombreuses années : Anne Armand, Marc Bablet, Françoise Lorcerie, Catherine Moisan, Patrick Picard, Jean Yves Rochex, Jean Michel Zakhartchouk. Des chercheurs étrangers en feront également partie.
Ce conseil organisera le samedi 8 décembre 2018 un séminaire pour élaborer des documents d’évaluation régulatrice à destination des réseaux. Trois ateliers sont programmés : le référentiel d’éducation prioritaire, la formation, le travail collectif.
Un premier bilan de retour des réseaux sera présenté lors de la journée nationale de l’OZP le samedi 26 mai 2019.
Marc Douaire,
président de l’OZP

Répondre à cet article