> 5 - TYPE DE DOCUMENT, ACTEUR, POSITION - PROTESTATION > POSITION - PROTESTATION > Autres positions : association, journaliste, observateur, personnalité, (...) > "Conduite du changement en éducation et rapport à la science" : l’exemple de (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

"Conduite du changement en éducation et rapport à la science" : l’exemple de l’éducation prioritaire (sur le blog de Marc Bablet)

12 octobre Version imprimable de cet article Version imprimable

Conduite du changement en éducation et rapport à la science
Ce billet, un peu long, aborde des questions qui mériteront d’être encore approfondies : la difficile question de la conduite du changement dans le système éducatif, la question du rapport à la science qui prédomine actuellement qui me semble dangereux pour la pensée et pour la démocratie.

[...] Je voudrais rappeler que si la refondation de l’éducation prioritaire fut une évolution de politique publique cohérente et acceptée c’est d’abord parce qu’il y eut, après débat, une décision politique des ministres de maintenir la politique d’éducation prioritaire et de la renforcer en ouvrant des pistes nouvelles. C’est ensuite parce que le dossier fut piloté conjointement par le directeur de cabinet et le DGESCO dans le cadre de la MAP qui apportait des méthodes, des synthèses de données et assurait un suivi attentif des différentes réunions. C’est aussi que la mise au point du projet fut confiée à des personnes qui savaient de quoi il était question, qui avaient une connaissance approfondie de l’éducation prioritaire et des besoins de l’enseignement en milieu populaire : au premier rang le directeur général Jean-Paul Delahaye et une équipe projet que j’animais avec l’appui de consultants et qui était composée de personnes de l’inspection générale expertes avec notamment Anne Armand co-auteure du rapport de 2006, du centre Alain Savary représenté alors par Patrick Picard, et de nombreuses personnes compétentes travaillant au ministère dans ses différentes directions au premier rang desquelles les membres du bureau de l’éducation prioritaire.
Évidemment, comme je l’ai déjà dit, il a fallu aussi associer étroitement les acteurs de l’éducation prioritaire, les représentants des personnels et construire patiemment dans la durée. Pour aller vers une évaluation sérieuse de cette politique qui concerne le socle commun, dont le premier levier par ordre d’âge des enfants est l’accueil des moins de trois ans, il faudrait pour le moins lui laisser le temps d’exister soit jusqu’à la fin du collège la laisser se déployer pendant 13 ans après septembre 2015 (quatre ans de maternelle, cinq d’élémentaire et quatre de collège) en veillant régulièrement à ce qu’elle soit effectivement mise en œuvre ce qui n’est pas toujours le cas partout pour différentes raisons. en veillant aussi à disposer de suivis de cohortes réelles d’élèves qui auront vraiment bénéficié de la politique en question pour dire quelque chose de sérieux.
On aura l’occasion de revenir sur le fait que les politiques ne laissent pas aux politiques publiques en éducation le temps d’exister même si par ailleurs on observe que des mouvements de fond du système les dépassent et se construisent finalement malgré eux. Ils ne laissent le plus souvent pas aux réformes qu’ils promeuvent le temps d’une appropriation par les acteurs, ce fut un des écueils de la réforme du collège (qui fut en conséquence très facile à remettre en cause) ; c’est probablement en ce moment le cas de la réforme du lycée. On peut craindre que certains prétendent évaluer la refondation de l’éducation prioritaire sur la base de données de 2017 ou 2018 soit deux ou trois ans après le démarrage de la refondation et après avoir réduit deux de ses mesures importantes : l’accueil des moins de trois ans et le "plus de maîtres que de classes".

[...] Dans le cadre de la refondation de l’éducation prioritaire nous avons conduit des formations de formateurs et des formations de coordonnateurs et de pilotes avec l’appui d’universitaires qui sont particulièrement remarquables par leur connaissance authentique de l’école et de l’enseignement en milieu populaire : Jean-Yves Rochex, Elisabeth Bautier, Denis Butlen, Sylvie Cèbe, Jacques Bernardin ont été membres de notre comité de pilotage de la formation qui associait également les inspections générales, l’ IFE (Patrick Picard et le centre Alain Savary) et l’ ESEN.
Ils ont été présents dans la continuité et ont pu apporter aux stagiaires des repères essentiels sans jamais leur dire ce qu’il faut faire de manière abstraite avec prétention à l’universalité comme on l’entend en ce moment. Ils ont en revanche pu réagir à leurs propositions d’action de formation ou de pistes de travail collectif en les aidant à ajuster leurs propositions de pratiques professionnelles. Notre pari c’est bien qu’il s’agit de permettre à ces professionnels, dès la formation elle-même, une véritable autonomie professionnelle par la maîtrise pratique des savoirs théoriques qui permettent l’analyse approfondie des situations professionnelles et l’élaboration d’apports pertinents aux besoins des professionnels de l’enseignement en milieu populaire.

Extrait de blogs.mediapart.fr du 09.10.18 : Conduite du changement en éducation et rapport à la science

 

Le blog de Marc Bablet

Sur le site OZP
"Rechercher" sur le mot bablet

Répondre à cet article