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Journée nationale OZP 2018 : L’organisation locale des autonomies (table ronde)

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Journée nationale OZP, 26 mai 2018
Quelles autonomies pour la réussite de tous les élèves ?

 

L’ORGANISATION LOCALE DES AUTONOMIES
Compte rendu de la table ronde

Participaient à cette table ronde, animée par Didier Bargas, Igeaenr honoraire :
Brigitte d’Agostini, chargée de mission pour la mise en œuvre du PRE sur la ville d’Orly.
Dominique Aussant, principale en REP.
Alain Pothet, IA-IPR, correspondant académique Education prioriaire de l’académie de Créteil

 

Intervention de Dominique AUSSANT

Entre principaux, on se pose souvent la question : Avec toutes les taches qui nous incombent, combien nous reste-t-il d’heures pour l’autonomie ?

Cette autonomie est en fait très encadrée et j’ose dire que, pour faire les choses qu’on juge utiles et qu’on a envie de faire en éducation prioritaire, il vaut mieux être détaché des perspectives de carrière.
Hier, je participais au séminaire académique Education prioritaire au Havre et beaucoup de participants avaient du mal à retrouver le sens du dispositif.
Par exemple, les CP à 12 sont une bonne mesure mais comment expliquer qu’ils accueillent des élèves qui étaient l’année précédente dans de grandes sections de maternelle à 31 élèves ? On devrait pouvoir dire non à de telles situations.
Je ne crois pas que les prescriptions actuelles soient bonnes pour l’autonomie. Déjà, les enseigants ont du mal à trouver du sens à la multiplicité des contrats d’objectifs, du réseau, de l’établissement.
Ma priorité à moi, c’est de donner du sens à l’action pédagogique et je vais la défendre.

La gestion des moyens. Auparavant, les collectivités territoriales donnaient de l’argent au réseau, ce qui est beaucoup moins le cas. Le discours officiel nous demande d’établir nos projets à partir de l’autonomie des crédits. Mais dans la réalité, les crédits sont très souvent fléchés et notre marge de manœuvre budgétaire est extrêmement restreinte. Si l’on veut monter nos propres projets, il faut aller chercher ailleurs les budgets nécessaires.

La formation. C’est plus facile quand il y a des ressources disponibles localement ou dans l’environnement proche et cela ne m’intéresse pas forcément de faire venir tel universitaire vedette dont on connaît déjà le discours.

Le résultat des évaluations. Ils sont intéressants mais souvent peu exploitables au niveau du réseau car on ne peut pas techniquement les imprimer. (On doit pouvoir les videoprojeter, suugère un participant)

En conclusion. l’essentiel est de pouvoir parvenir à des choix argumentés et réfléchis.

 

[Intervention de Brigitte D’AGOSTINI ]

La mise en œuvre du PRE à Orly
La ville d’Orly s’est inscrite dans le Programme de Réussite Éducative dès la création de ce dispositif au double pilotage, Ville et Éducation nationale. En 2007, il s’agissait d’apporter de l’aide aux enfants repérés en fragilité sur les territoires situés en éducation prioritaire. Quelques années plus tard, les actions conduites, l’aide apportée aux enfants et aux familles ont-elles fait progresser scolairement et socialement les enfants et les jeunes et quel impact ont-elles eu sur les familles ?

Le PRE d’Orly a toujours bénéficié de la confiance des différents acteurs de la communauté éducative, des services de la ville, des associations. Les inspecteurs de l’éducation nationale, les élus, les directeurs des services, les directeurs de structures, en accordant leur confiance au dispositif ont facilité la mise en œuvre d’actions, l’élaboration de projets communs au service des enfants, des jeunes et de leurs familles.
Le PRE se partage entre des actions collectives et des parcours personnalisés. Les premières ont été plus simples à mettre en place avec les enseignants. Ces projets, comme le coup de pouce CP ou les débats philo, conduits dans les classes et qui assurent la formation des enseignants, sont élaborés en partenariat. En revanche, interpeller le PRE pour un enfant qui présente un comportement non adapté ou qui n’entre pas, voire plus du tout, dans les apprentissages était plus compliqué pour les directeurs ou enseignants habitués à régler les problèmes dans leur enceinte. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui.

Je vais présenter deux actions du PRE :

Le café des parents n’a pas été mis en place pour répondre à une demande du Conseil Général qui, à l’époque, encourageait la création des espaces parents dans les collèges, mais pour répondre aux besoins de « mamans », parfois seules et souvent cantonnées à l’éducation des enfants et aux tâches ménagères. Le café des parents a été pensé et réfléchi avec l’ensemble des partenaires, a associé également des mamans et progressivement des ateliers ont vu le jour. L’atelier « convivialité » rassemble tous les lundis de 14h à 16h entre 60 et 100 mamans. Après 4 années de fonctionnement, c’est devenu un temps de rencontres, de partages, d’entraide, de soutien et d’écoute.
Au-delà de cet atelier, d’autres comme le sport, la couture sont aujourd’hui tenus par des mamans. Des cours d’alphabétisation ont lieu au collège Desnos, donnés par deux professeurs. Des sorties, des soirées débat, des soirées jeux et festives avec les enfants ou non sont organisés régulièrement.
Qu’est-ce que cela a permis ? Tout simplement que des femmes sortent de leur isolement, se rencontrent, apprennent à se connaître, se soutiennent, s’encouragent et s’organisent. Aujourd’hui, les « mamans » sortent ensemble, vont au cinéma, au centre culturel. Elles ont retrouvé une part de confiance et d’estime d’elles-mêmes. Elles hésitent moins à aller voir un professeur, à défendre une idée, un point de vue, à dire ce qu’elles ressentent.
Par ailleurs, les soirées débats permettent d’aborder des thèmes liés à l’éducation et le temps « convivialité » offre la possibilité d’essayer de réconcilier l’école et les familles, ces familles paupérisées qui ont souvent l’impression de ne pas appartenir à la même société que les autres familles et le sentiment d’être abandonnées par une école qui ne veut pas d’elles.

Les entretiens avec les enfants et leurs parents. il s’agit le plus souvent de la « maman » mais l’équipe s’attache à faire venir les pères. On sait que lorsqu’un enfant va mal, c’est la famille qui va mal. Travailler avec les familles, c’est travailler pour chaque membre de cette famille. On ne peut pas partir d’un enfant tout seul parce que cela n’existe pas, il est en interaction avec les autres. On accueille les personnes avec ce qu’elles sont, sans jugement. On va leur montrer qu’elles ont des compétences et des ressources qu’elles ne voient pas mais qu’elles ont. On va les aider à les repérer. On échange aussi avec les enfants, on leur demande de nous dire ce qu’ils ressentent, ce qui les inquiète et ce qui les fait souffrir.
Quelles relations se vivent entre les membres d’une même famille, c’est ce que nous allons explorer. Quand un jeune décroche, il est en train de nous dire quelque chose : A quoi bon continuer à aller au collège, à faire ses devoirs, attendre un avenir qu’on ne voit ps ? A nous de chercher à lui faire dire ce qui le fait souffrir autant. Les ados nous aident beaucoup parce qu’ils sont dépositaires de l’histoire familiale et, lorsque tous les membres d’une même famille parlent, s’écoutent, se disent les choses, il y a fort à parier que les émotions vont circuler. Nous ne sommes jamais dans une vision linéaire mais constamment dans une vision circulaire.

Alors, ces enfants, ces jeunes qui ont été accueillis dans un PRE, comment finalement vont-ils ? Sont-ils entrés à nouveau dans les apprentissages ? Pour certains enfants, deux à trois entretiens suffisent pour que chaque reprenne son rôle, sa place et sa fonction. Pour d’autres, c’est beaucoup plus long parce que la situation est très lourde. Nous avons suivi des enfants de la maternelle au collège parce que la fragilité des familles est trop importante mais ce sont des enfants qui ont progressé et qui vont beaucoup mieux. Nous constatons aussi, et surtout chez les élèves de 4e, une volonté à ne pas dépasser leurs parents, ce qui les pousse à s’interdire de réussir. Un adolescent est toujours loyal vis-à-vis de sa famille. Ce sont alors des temps d’échanges qui vont permettre de donner confiance aux uns et aux autres, de montrer les ressources et les compétences de chacun et de faire émerger les idées et les solutions des familles.
Si les « mamans » sont très présentes au PRE, le projet « Portraits de pères » est en réflexion. Il va s’agir de favoriser et de valoriser l’expression des pères des quartiers prioritaires de la ville d’Orly. L’objectif est de faire évoluer les représentations et les pratiques des professionnels sur la parentalité, de donner une part plus importante et plus active aux pères dans nos actions et de valoriser leur parole. Un outil pédagogique ressource sera élaboré afin de permettre d’engager des débats dans des espaces public collectifs. Pour cela, l’association Solienka, avec la psychologue thérapeute familiale, nous accompagne et nous aide énormément dans ce travail auprès des familles, des enfants et des jeunes.
Compte rendu rédigé par Brigitte D’Agostini

 

Intervention d’Alain POTHET

A propos de l’autonomie et du souci de carrière, voici une anecdote. J’accompagnais dans un CP à 12 un recteur qui s’étonnait du niveau de difficulté du texte choisi par l’institutrice. Elle a choisi ce texte compliqué en raison de votre visite, lui ai-je fait remarquer, et cela doit nous questionner sur ce que les enseignants imaginent de nos attentes et du prescrit.

Il y a toujours une tension entre le prescrit et le réel. Comment concilier les deux ?
C’est le prescrit qu’il faut tordre et non pas le réel.
C’est cela l’autonomie. La cohérence des actions est plus importante que la pertinence des objectifs.

Autonomie et formation
Dans l’académie de Créteil, nous avons voulu développer en éducation prioritaire une formation à la demande en proposant sur une plate-forme des outils autonomes de formation. Nous avons déjà enregistré plusieurs centaines de demandes.
Les formations inscrites dans le plan de formation sont en effet préparées longtemps à l’avance. Nous avons donc voulu répondre à la demande d’un réseau apprenant de façon réactive. Pour vérifier que la formation répond bien aux besoins propres, nous demandons aux candidats de dire en quoi la formation souhaitée va aider aux apprentissages.
Cette démarche de réactivité et d’adaptation a depuis été adoptée par toute l’académie.

Le rôle du formateur est de s’appuyer sur les compétences des enseignants et non d’imposer une formation. L’appel éventuel à un expert ne doit intervenir qu’après un travail de préparation avec les acteurs locaux.

Autonomie et évaluation
il a été difficile de faire comprendre aux autorités qu’il n’était pas indispensable qu’on fasse remonter les résultats des évaluations locales car elles sont avant tout des outils pour les enseignants.

Il ne faut pas non plus considérer que le travail est fini quand l’évaluation diagnostique a été passée. L’essentiel est ce qui se passe après et ce que l’on fait des résultats.
Chacun doit pouvoir analyser les évaluations et en faire de véritables outils de régulation des apprentissages et de compréhension des obstacles et freins...

Autonomie et recherche
C’est une vraie difficulté, même à Créteil où c’est une volonté affirmée, d’articuler recherche et pratique. Quand Jean-Yves Rochex dit que les chercheurs n’ont pas vocation à répondre directement aux problématiques du terrain, cela crée une certaine déception chez les enseignants. Autre exemple de décalage entre ces deux mondes : quand Eric Debarbieux avance que les élèves se plaisent à l’école, cela contredit le discours ambiant et les représentations de certains enseignants.
La réalité de la classe nous paraît plus difficile à cerner en vidéo à cause d’un certain manque de spontanéité des enseignants filmés.

Autonomie et valorisation des talents
Les enseignants disent difficilement ce qu’ils savent bien faire. Ils ont l’habitude également de préférer l’ombre à la lumière. Il faut résister à cette tendance à la déploration, à la mésestime de soi et à la défiance. On néglige trop souvent de chercher sur place les ressources humaines utiles pour une formation.
Il est nécessaire de partager les belles réussites. Nous avons créé un Observatoire des pratiques en éducation prioritaire. Il s’appuie beaucoup sur des témoignages d’élèves et de parents.
Et l’année prochaine, cela va être formidable ! Le rapport prendra la forme d’un blog qui distillera à partir de la rentrée des expériences d’éducation artistique, scientifique et culturelle.

En conclusion : En deux ans, un collège en REP+ a gagné 9 points au brevet !
Compte rendu rédigé en partie par Jean-Paul Tauvel

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