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Travailler l’orthographe avec un porte-clefs ou un Mooc au collège REP Léon Blum de Wingles (Pas-de-Calais). Entretien du Café pédagogique

11 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Caroline Tellier : Des clefs pour travailler l’orthographe

Comment affronter les problèmes d’orthographe rencontrés par de nombreux élèves ? Professeure de français au collège Léon Blum à Wingles dans le Pas-de Calais, Caroline Tellier s’y attelle avec détermination et créativité. Chaque élève est amené à réaliser son « porte-clefs orthographique » : chacun.e y rassemble les règles correspondant à ses difficultés particulières et utilise ensuite l’outil en situation d’écriture, d’évaluation ou de correction. Un travail d’oralisation et de numérisation a permis de renforcer l’efficacité du dispositif. La démarche favorise différenciation et réflexion : les élèves « apprennent peu à peu à penser la langue, et à chercher des solutions qui leur sont propres pour progresser en orthographe. » Le travail a aussi la vertu de favoriser la continuité du travail de la langue, d’une année à l’autre, d’un.e enseignant.e à l’autre, voire d’une matière à l’autre.

Qu’est-ce qu’un « porte-clefs orthographique » ?
Un porte-clefs orthographique est un ensemble de petites fiches de couleur, plastifiées, que l’on a appelées « clefs orthographiques ». Chacune comporte une « règle » permettant aux élèves de résoudre les difficultés d’orthographe qu’ils rencontrent. La couleur des fiches désigne les différentes catégories dans lesquelles ces règles s’inscrivent : les jaunes concernent les homophones, les vertes rappellent les règles d’accord, les roses portent sur la conjugaison et en particulier sur les terminaisons, et les fiches bleues regroupent pêle-mêle les autres règles orthographiques, inclassables dans les trois catégories précédentes. Ces différentes règles n’ont bien sûr trait qu’à l’orthographe grammaticale, et ne portent absolument pas sur l’orthographe lexicale, pour laquelle le dictionnaire, papier ou numérique, reste l’un des outils les plus efficaces.

Ces clefs orthographiques, rédigées par les élèves, sont ensuite plastifiées et perforées par le professeur, puis reliées par une attache parisienne, de façon à former un « porte-clefs », facilement manipulable, sur le modèle des fiches du jeu « Les Incollables ».

Selon quelles modalités de travail les élèves réalisent-ils ces porte-clefs ?
Les modalités de réalisation des clefs orthographiques sont variées et adaptables à toutes sortes de situations pédagogiques.

D’une part, elles peuvent être rédigées collectivement, à l’occasion d’une dictée ou d’une réécriture du jour (un très court exercice proposé régulièrement aux élèves de toutes les classes, en début de cours), en fonction des difficultés orthographiques que les élèves y rencontrent. Dans ce cas, les élèves de la classe élaborent tous une fiche sur la règle concernée.

D’autre part, ces clefs orthographiques peuvent être individualisées, c’est-à-dire réalisées par les élèves en fonction des difficultés qu’ils rencontrent individuellement dans le cadre par exemple d’une dictée discutée ou de la reprise orthographique d’une rédaction. De même, si le professeur repère une difficulté récurrente chez un élève, il peut tout à fait l’aider à formuler une règle qui lui permettra de ne plus faire d’erreur, et l’aider à rédiger une clef orthographique.
Ainsi, tous les élèves d’une même classe n’ont pas forcément le même porte-clefs : celui-ci correspond aux difficultés propres à chaque élève, et c’est en ce sens un outil qui me semble très intéressant pour mettre en œuvre la différenciation pédagogique. Dans la même perspective, les clefs peuvent être plus ou moins détaillées selon les besoins des élèves. Pour une fiche sur la distinction des homophones ce et se, certains vont éprouver la nécessité d’indiquer sur leur clef un exemple qui concrétise la règle ; d’autres seront assez à l’aise pour préciser à quelle catégorie grammaticale appartiennent l’un et l’autre de ces deux mots.

Comment se fait la rédaction des règles ?
Concernant la rédaction à proprement parler des règles orthographiques sur ces clefs, les modalités varient en fonction du niveau de la classe et du niveau des élèves. En 6e, les fiches sont souvent rédigées collectivement, avec l’aide du professeur. De la 5e à la 3e, les élèves sont amenés à gagner progressivement en autonomie, et à rédiger eux-mêmes leurs règles, de façon à ce qu’elles fassent vraiment sens pour eux, et à ce qu’elles ne soient pas réduites à un énoncé formel venu de l’extérieur et dépourvu de sens.
Ainsi, chaque élève peut formuler la règle de la manière qui lui convient le mieux. C’est pourquoi le terme « règle » est en réalité inapproprié, et je ne l’emploie que par commodité : il s’agit moins de noter des « règles » que de mettre en évidence un raisonnement individuel qui permette de choisir une orthographe correcte. Dans tous les cas, l’accent est mis sur les manipulations grammaticales (commutations, tests de suppression et de substitution…) qui permettent de choisir la bonne orthographe.

Comment ces porte-clefs sont-ils gérés ?
Ces porte-clefs individuels sont rangés dans des boîtes, et chaque classe dispose de la sienne. C’est un outil qui reste en classe, mais qui peut être utilisé dans d’autres disciplines. Dans mon établissement, la plupart des collègues de lettres utilisent désormais le porte-clefs orthographique. Ainsi, pour les élèves de 6e, 5e et 4e, nous les gardons d’une année sur l’autre et les répartissons à la rentrée dans les nouvelles classes, afin que chaque élève retrouve son travail d’une année sur l’autre. Une véritable progression est donc possible sur l’ensemble du cycle 4, à partir d’une complexification croissante des règles travaillées. En fin de 3e, les élèves quittent le collège avec leur porte-clefs orthographique. Celui-ci est donc, bien sûr, individuel et nominatif.

Quelle utilisation les élèves font-ils de cet outil d’apprentissage ?
Là encore, les modalités varient en fonction de l’activité.
Dans le cadre de la reprise orthographique d’un travail d’écriture, les élèves, habitués à employer cette ressource, vont spontanément chercher leurs porte-clefs dans la boîte de rangement. Ils demandent parfois à l’utiliser dès la rédaction d’un premier jet, lorsqu’ils ont un doute sur l’orthographe d’un mot et qu’ils pensent trouver une aide dans l’une de leurs clefs orthographiques.

Dans le cadre d’une dictée du jour ou d’une dictée discutée, je modifie les modalités d’utilisation du porte-clefs selon le niveau de la classe. En 6e et 5e, ils peuvent l’employer de manière systématique. En revanche, à partir de la 4e, je demande aux élèves, avant même de commencer la dictée, d’évaluer leurs difficultés et leurs compétences et de reconstruire leur porte-clefs à partir de cette auto-évaluation. Ainsi, ils peuvent décider d’ôter de leur porte-clefs plusieurs fiches dont ils pensent ne plus avoir besoin. Il ne faut en effet pas oublier qu’ils ne disposeront pas de cet outil le jour de l’épreuve du brevet, et que s’il les aide indéniablement à progresser, il a surtout vocation à devenir inutile ! Dès lors, je les encourage à laisser de côté les fiches dont ils estiment n’avoir plus besoin, et leur attribue un bonus lorsque qu’ils délestent leur porte-clefs, tout en leur indiquant que cela ne pose aucun problème de continuer à utiliser toutes les fiches s’ils ne sont pas encore assez sûrs de maîtriser les règles qui y figurent.
Dans le cadre des dictées discutées, les élèves répartis par groupe ne disposent que d’un porte-clefs collectif, et sont amenés en début de séance à se mettre d’accord entre eux pour décider ensemble de conserver certaines clefs et d’en détacher d’autres, en fonction de l’aisance des membres du groupe sur tel ou tel point orthographique.

Vous avez amené les élèves à oraliser ces règles orthographiques : pourquoi et comment ?
J’ai rapidement constaté que certains élèves progressaient réellement grâce à leur porte-clefs orthographique dont ils intégraient le contenu au fur et à mesure de l’année. Mais j’ai aussi remarqué que pour les élèves les plus en difficulté, cet outil est surtout utile lorsque je relis la règle avec eux. En effet, l’écrit reste pour beaucoup d’élèves une barrière difficile à surmonter, et le fait même que la règle soit écrite rend sa compréhension et son application complexes. D’autre part, certains élèves ont une mémoire plus auditive que visuelle : ils retiennent mieux les raisonnements lorsqu’ils les entendent.

Dans le cadre d’une réflexion menée au sein du groupe Lettres et Numérique de l’Académie de Lille, j’ai donc décidé de construire avec les élèves une version audio du porte-clefs orthographique. A l’occasion de travaux portant sur l’orthographe, je répartis les élèves en groupe de deux. Chaque binôme comporte un « responsable orthographique » qui est chargé d’oraliser la règle qu’il aura élaborée pour son camarade, et avec son aide. Ces fichiers audio sont ensuite placés dans le H des élèves (dossier numérique individuel enregistré dans le réseau informatique de l’établissement et dont dispose chaque élève), de sorte qu’ils peuvent le retrouver facilement s’ils en éprouvent le besoin.

Ce travail a un double intérêt : il permet aux élèves de réfléchir aux questions orthographiques, mais il permet aussi de travailler la compétence orale et la capacité des élèves à produire un discours explicatif clair en direction de leurs camarades.

Vous avez même conçu un « MOOC orthographique » : pouvez-vous expliquer ce dont il s’agit et comment cela fonctionne ?
L’idée du MOOC est venue après cette étape d’oralisation du porte-clefs. J’ai à nouveau constaté l’insuffisance du format audio pour les élèves en grande difficulté, qui ne parviennent pas toujours à se concentrer en l’absence d’un support visuel. J’ai donc pensé à cette modalité de transmission en vogue, le MOOC (Massive open online course).
Il s’agit une vidéo numérique diffusée sur internet et libre d’accès, prenant la forme d’un cours en ligne sur telle ou telle notion. Dans le même esprit que pour les fichiers audio, les élèves ont réalisé des vidéos explicatives sur les différentes règles d’orthographe. Le support vidéo permet d’ajouter des éléments visuels, puisque l’élève qui explique la règle peut concrétiser son propos en effectuant les manipulations grammaticales « en direct », par le biais d’un support papier, du tableau ou du traitement de texte. Là encore, il s’agit d’un outil qui concerne à la fois l’orthographe et le travail de l’oral. L’élaboration d’un MOOC amène en effet les élèves à travailler spécifiquement un certain nombre de compétences orales. Il s’agit de produire un propos clair, organisé, cohérent, et de l’articuler avec les supports visuels utilisés.

En outre, lorsqu’ils réalisent un MOOC, les élèves travaillent véritablement pour un destinataire qu’ils identifient. Ils adoptent ainsi une posture d’auteur qui me semble intéressante : ils n’élaborent pas seulement un outil grammatical, mais ils produisent un travail qui est destiné à aider leurs camarades et qui par là même prend davantage sens pour eux.

Il est donc important que tous les élèves puissent produire un MOOC, quel que soit leur niveau en orthographe : les élèves les plus en difficulté peuvent donc travailler sur les règles qu’ils maîtrisent le mieux.

L’apprentissage de l’orthographe est un problème pour beaucoup d’élèves : en quoi ces diverses expériences vous semblent-elle intéressantes ?
Avant tout, ces expériences permettent de proposer une approche de l’orthographe qui ne repose pas simplement sur la sanction des erreurs, effectivement très nombreuses, que peuvent faire les élèves, mais sur l’idée que l’orthographe se construit et se réfléchit. Dans cette perspective, les élèves peuvent toujours avoir à disposition un outil qui les aide dans leurs travaux d’écriture : l’essentiel n’est pas qu’ils sachent d’emblée écrire sans erreurs, mais qu’ils soient capables de mener des réflexions d’ordre grammatical pour faire des choix orthographiques, et que ces mécanismes réflexifs deviennent peu à peu spontanés. En ce sens, il s’agit d’un outil qui permet aussi de mettre en œuvre l’évaluation positive.

Evidemment, cet outil n’est pas miraculeux, et je ne peux malheureusement pas affirmer que mes élèves ne font plus d’erreurs d’orthographe ! Mais il me semble qu’ils apprennent peu à peu à penser la langue, et à chercher des solutions qui leur sont propres pour progresser en orthographe.

Quels conseils donneriez-vous à des collègues susceptibles d’adopter ou d’adapter de telles méthodes ?
En ce qui concerne l’aspect strictement matériel de cette démarche, il est important d’avoir toujours à disposition dans la classe les bandelettes de couleur qui serviront de supports aux petites fiches. Une difficulté orthographique peut surgir de manière inattendue lors d’un cours, et je pense qu’il est important de pouvoir saisir les occasions de clarifier un point de langue lorsqu’elles se présentent, sans qu’on les ait programmées.

D’autre part, il me paraît vivement souhaitable que l’ensemble de l’équipe de lettres participe à ce projet. Le fait que les élèves de 5e, 4e et 3e aient en début d’année un porte-clefs déjà constitué, quelque enseignant qu’ils aient eu précédemment, permet de poursuivre le travail sans disparité et de manière fluide. Cette continuité peut d’ailleurs se créer à l’intérieur du cycle 3, à la faveur d’un travail de liaison entre l’école primaire et le collège.

Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut

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http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/05/07052018Article636612742082678054.aspx

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