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La plus grande fréquence des jeux dangereux dans les espaces défavorisés pourrait relever davantage d’un mal-être individuel lié aux situations scolaires et au climat d’école que d’un déterminisme social classique (étude)

19 septembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Des « jeux dangereux » de plus en plus connus des élèves
Mickael Vigne

Une recherche menée depuis 2014 dans deux circonscriptions d’Arras montre une augmentation sensible des pratiques des jeux de non-oxygénation par rapport à une enquête de 2012. État des lieux de l’ampleur d’un problème de santé publique mal connu des acteurs du monde éducatif.

Une enquête quantitative, sur le phénomène des « jeux dangereux » en général, et celui du « jeu du foulard » en particulier, commencée en septembre 2014, a permis d’obtenir des résultats émanant de deux circonscriptions d’Arras (Pas-de-Calais) à partir de 2810 élèves de cycle 3 interrogés dans soixante-trois écoles différentes. Cette enquête a été rendue possible par un engagement partenarial entre l’Inspection académique du Pas-de-Calais, la municipalité d’Arras, l’université d’Artois et l’ESPÉ Lille-Nord de France. Le taux de participation s’élève à 88 % des enfants de l’effectif théorique.

Comme l’indique le Guide d’intervention en milieu scolaire : « Jeux dangereux et pratiques violentes »[Guide d’intervention en milieu scolaire "Jeux dangereux et pratiques violentes", Ministère de l’Éducation nationale-Sceren, 2011.], les « jeux dangereux » sont de trois types : jeux de non-oxygénation ; jeux d’agressions (intentionnels ou contraints, ce sont principalement des pratiques physiques violentes) ; jeux de défi fondés sur le « cap, pas cap ? ». L’enquête menée porte sur les jeux de non-oxygénation.

[...] L’ignorance n’accentue-t-elle pas le danger ?
En revanche, parmi ceux qui connaissent un jeu d’apnée mais qui ne l’ont pas pratiqué, 93,4 % disent que c’est « parce que c’est dangereux ». Il y aurait donc un effet positif de la sensibilisation sur les comportements des élèves.

Filles et garçons autant concernés
Le croisement des variables « sexe » et « pratiquants » a permis de constater qu’il n’y a pas de différence significative chez les pratiquants du « jeu du foulard », contrairement aux jeux impliquant des violences physiques, qui sont bien plus présents chez les garçons. Toutefois, parmi ceux qui décident de pratiquer un jeu d’apnée, les garçons multiplient davantage les expériences que les filles.

On pourrait imaginer que les élèves en difficulté soient plus fragiles et donc plus concernés par ces pratiques. L’enquête le confirme. Les résultats montrent de manière très significative que les élèves qui se sentent « faibles » ou « très faibles » scolairement sont ceux qui pratiquent le plus régulièrement les jeux d’apnée. Ces résultats mettent en perspective l’approche systémique du climat scolaire. En effet, les enfants qui ont de mauvais résultats sont aussi le plus souvent ceux qui ne se sentent pas bien à l’école. Cette étude montre ainsi également que ceux qui ne se sentent pas bien à l’école pratiquent plus régulièrement des jeux dangereux.
Milieu social et bienêtre

Sur l’ensemble des écoles interrogées, les résultats de l’enquête ne montrent aucune relation forte entre les enfants qui pratiquent un jeu d’apnée et profession et la catégorie socioprofessionnelle (PCS) des parents (père et mère réunis). Pourtant, l’enquête révèle que le phénomène semble malgré tout plus important dans les écoles se situant au cœur de zones socialement défavorisées. En effet, c’est dans ces espaces défavorisés que nous avons pu établir une corrélation forte entre les élèves qui disent pratiquer un jeu d’apnée et leur sentiment de malêtre au sein de l’établissement. Les élèves qui ne se sentent « pas très bien » voire « pas bien du tout » sont ceux qui ont au moins pratiqué une fois un jeu d’apnée de type « jeu du foulard ».

Comme le montre le graphique ci-dessous, ceux qui ont pratiqué plusieurs fois sont ceux qui se sentent le moins bien dans leur école. On pourrait formuler l’hypothèse, à la vue des deux derniers constats, que la pratique d’un « jeu dangereux » relèverait davantage d’états psychiques individuels liés aux situations scolaires et au climat d’école, que d’un déterminisme social classique. Ceci renforce l’idée qu’un travail de fond doit être mis en œuvre sur les moyens d’amélioration du climat scolaire [3].

Corrélation entre la pratique d’un jeu d’apnée et le sentiment de mal-être scolaire. Les valeurs du tableau sont les pourcentages établis sur 1016 citations. La corrélation entre les deux variables « pratique » et « climat scolaire » est très importante, de l’ordre de 99,98%. Plus un enfant se sent mal à l’école, plus il a de chance de pratiquer un « jeu dangereux ».

Si la sensibilisation ne peut à elle seule permettre d’éviter les passages à l’acte, à l’inverse l’absence d’action pédagogique de prévention ne permettra pas d’affaiblir un phénomène en expansion. Au contraire, cela ne provoquerait qu’une amplification du phénomène, notamment par l’efficacité malsaine des réseaux sociaux et d’internet. Il est donc important que les équipes éducatives s’inscrivent plus globalement dans un travail qui vise à améliorer le climat scolaire. La meilleure connaissance de ces pratiques dangereuses permettrait sans aucun doute d’une part de réduire considérablement les risques, et d’autre part de diminuer le nombre de décès annuels.

Enfin, l’expression « jeux dangereux » elle-même mériterait d’être modifiée, afin de dissiper toute forme de confusion dans l’esprit des enfants. En effet, ce qui demeure ludique ne peut être assimilé à un danger. Le flou induit par l’utilisation du mot jeu inciterait certains enfants à tenter l’expérience de ces pratiques par ignorance.

La mise en place d’actions de formation et de sensibilisations de grande ampleur au sein de l’ensemble des académies constitue à présent une urgente évidence [4].

Mickael Vigne
Sociologue, maitre de conférence à l’ESPÉ Lille-Nord de France

Le dossier Eduscol : « Prévenir les "jeux" dangereux et les pratiques violentes à l’école »

Extrait de cahiers-pedagogiques.net du 14.09.17 Des jeux dangereux de plus en plus conus desélèves

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