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Pour les élèves de milieu populaire, assumer la classification des savoirs et rendre explicites les enjeux cognitifs (Observatoire des inégalités)

18 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

Pour réduire les inégalités à l’école, il faut repenser le rapport au savoir

Pour sortir du débat stérile entre les conservateurs et les pédagogues en matière d’inégalités scolaires, il faut s’intéresser à la façon dont le rapport au savoir se construit à l’école. Par Alain Beitone et Raphaël Pradeau, professeurs de sciences économiques et sociales.

[...] Il existe une piste rarement évoquée, celle des inégalités d’apprentissage liées à la façon dont le rapport au savoir se construit. Nous avons expliqué ailleurs les méfaits de l’opinion pédagogique dominante aujourd’hui à l’œuvre sous forme de « pratiques interdisciplinaires » et autres « classe inversée » [1]. En rupture avec les idées reçues sur l’éducation, il faut refonder les apprentissages sur le principe « d’égalité des intelligences » et de l’accès de tous les élèves aux savoirs nécessaires à l’autonomie intellectuelle.

[...] l faut aussi assumer la classification des savoirs et le cadrage des activités. Depuis les travaux de Basil Bernstein [4], nous savons que seule la mise en œuvre d’une pédagogie visible est de nature à réduire les inégalités d’apprentissage. Cette pédagogie visible suppose notamment que les activités d’enseignement et d’apprentissage assument la classification des savoirs : distinction entre les savoirs courants, les savoirs d’expérience et les savoirs scolaires, distinction entre les énoncés qui disposent d’une légitimité savante et ceux qui relèvent de l’opinion ou du préjugé, distinction entre le vocabulaire qui désigne des concepts précis et la langue ordinaire de communication ou d’expression.

La classe, comme le champ scientifique, est un lieu où ne peut prévaloir que la force du meilleur argument énoncé dans une langue rigoureuse. De même les activités d’apprentissage des élèves doivent faire l’objet d’un cadrage précis par l’enseignant, en particulier le lien entre les activités et les enjeux cognitifs des apprentissages doivent être explicites. La nécessité pour les élèves de construire progressivement une autonomie intellectuelle n’est pas contradictoire avec une conduite méthodique et organisée des apprentissages, au contraire. Trop souvent, faute d’explicitation des exigences scolaires et de leurs enjeux cognitifs, les enfants des catégories populaires, ceux qui sont les plus éloignés des normes et des implicites de l’école, sont victimes de malentendus : ils croient faire ce qui leur est demandé et pourtant ils ne réalisent pas les apprentissages visés [5].

[...] Alain Beitone, professeur de sciences économiques et sociales (retraité), membre du Groupe de Recherches sur la Démocratisation Scolaire (GRDS) et Raphaël Pradeau, professeur de sciences économiques et sociales, formateur à l’ESPE d’Aix-Marseille, membre du CA d’Attac France.

Extrait de inegalites.fr du 13.04.17 : Pour réduire les inégalités à l’école, il faut repenser le rapport au savoir

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