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Compte rendu de la Journée de l’AFEV 2016 : "Le numérique contre les inégalités éducatives"

21 septembre 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

" Le numérique contre les inégalités éducatives " : c’était le thème choisi cette année par l’AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville) pour la 9ème Journée du refus de l’échec scolaire, organisée le 20 septembre en présence de la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Les participants ont souligné que le numérique pouvait être un levier contre l’échec scolaire, mais qu’il pouvait aussi creuser les inégalités si l’on n’accompagnait pas les publics plus fragiles.

" La question de savoir si l’on est pour ou contre est dépassée, a expliqué le " parrain " de la Journée Xavier de La Porte, spécialiste des culture numériques. Nous devons réfléchir aujourd’hui en évacuant cet aspect binaire." Le ton de la Journée était donné : ni optimisme béat à l’égard de nouvelles technologies devant révolutionner la pédagogie, ni catastrophisme au nom d’une école sublimée fondée sur l’autorité incontestée du maître.

Ouvrant les débats à la Gaîté Lyrique, à Paris, la directrice des programmes de l’AFEV Eunice Mangado-Lunetta avait elle aussi cadré les termes du débat. " Il n’est pas question de dire que le numérique va résoudre à lui seul le problème de l’échec scolaire, avait-elle prévenu, et il faut prendre garde, avec le numérique, à ne laisser personne au bord de la route ". Les volontaires de l’association accompagnent, dans les quartiers, des élèves de milieux défavorisés.

[...] Digital natives
Maîtresse de conférence en sciences de l’information et de la communication à l’université de Rouen, Anne Cordier a travaillé sur les jeunes et la recherche de l’information, et a signé un livre " Grandir Connectés ". Intervenant à la tribune, elle a nuancé l’image d’une génération naturellement à l’aise avec le numérique. En réalité, les talents et les appétits sont très divers : " On parle de digital natives mais c’est un fantasme. Tous les individus ne sont pas doués de la même façon. "

Elle a cité des témoignages, relativisant l’idée simpliste d’une rupture entre les générations, et évoquant des " inégalités sociales, cognitives et de genre ". " J’ai du mal à dire ça devant les autres, mais je suis pas à l’aise avec le numérique ", confie ainsi Marie 13 ans. Samantha, 11 ans, avoue avoir honte : " quand tu tu galères sur internet, ça le fait pas. " Et Juliette, en licence AES (administration économique et sociale) : " je dois beaucoup à l’école et à ma prof documentaliste, elle m’a montré tout ce qui est sur internet, je la remercie tous les jours. "

Décrocheurs et décrochés
Autre intervenante, Cecilia Creuzet Germain travaille à " We TechCare", une start-up créée par Emmaüs Connect pour travailler sur l’e-inclusion. Elle a rappelé les enseignements édifiants d’une enquête réalisée en 2015 sur des jeunes en difficultés, de 16 à 25 ans, sortis du système scolaire - des " décrocheurs " ou des " décrochés "- et inscrits dans les Missions locales.

" Leur taux d’équipement est élevé mais on peut avoir de super smarthopnes sans être connecté, a-t-elle expliqué. Or si 85% vont sur les réseaux sociaux, moins de la moitié maîtrise bien les mails, pourtant très importants pour la recherche d’emplois. En fait il y a très peu de tranfert entre l’usage ludique et les usages liés à l’insertion. Il est clair que plus le niveau d’éducation est élevé, plus la palette des usages est vaste. "

Comment combler ces inégalités numériques, reflets d’autres inégalités ? Comment élargir les usages ? " Plus que de formation, nous parlons d’accompagnement pour ces jeunes ", a indiqué Cecilia Creuzet Germain. " We TechCare " s’apprête à lancer une plateforme dédiée à l’insertion intitulée CLICNJOB.
Véronique Soulé

Extrait de cafepedagogique.net du 21.09.16 : AFEV : Le numérique contre l’échec scolaire ?

 

Créer, avec le numérique, "un monde où les valeurs humanistes et républicaines sont vécues, et bien vécues, sur Internet... et ailleurs". C’était la conclusion du discours qu’a prononcé Najat Vallaud-Belkacem ce 20 septembre à l’occasion de la "Journée du refus de l’échec scolaire" organisée par l’AFEV. La ministre a signé ensuite avec l’Association de la fondation étudiante pour la ville et la CPU (conférence des présidents d’université) "un engagement pour favoriser la réussite de tous les élèves". Les signataires "vont mettre en synergie leurs efforts pour accompagner le déploiement des Parcours d’excellence dans les collèges de l’éducation prioritaire".

Auparavant, puisque le numérique était le thème de la journée, la ministre a tenu à préciser quelle était sa place dans les écoles. Ce n’est ni "le principal outil" de lutte contre l’échec scolaire, ni "un gouffre" qui mettrait en danger les savoirs. Elle a rappelé d’ailleurs à ce sujet les craintes qu’exprimaient Platon face à l’écrit, qui risquait de se substituer à la transmission orale, et Erasme, quand l’imprimerie submergeait le monde "d’un essaim de nouveaux livres". C’est "un outil", et il faut l’utiliser. Les trois journées de formation des enseignants de cette année seront d’ailleurs reconduites l’an prochain.

Les enseignants produisent des "pépites"
Cet outil, ajoute-t-elle, peut contribuer à créer une dynamique positive. Permettant l’essai et l’erreur, il évite de penser faute. Il permet de plus d’instaurer "une continuité des usages" entre l’école et les loisirs. Un jeu vidéo amène à s’interroger sur la narratologie. Encore faut-il ne pas se laisser abuser par l’apparente simplicité des interfaces. C’est pourquoi les nouveaux programmes prévoient d’apprendre à coder, mais aussi de comprendre les codes. Elle cite l’exemple de Google dont le moteur de recherche est paramétré par vos recherches antérieures et qui, loin de vous donner accès à toutes les données, si vous ignorez son fonctionnement vous enferme dans votre univers.

La ministre souligne aussi l’importance pour les enseignants de disposer de ressources innovantes. Les produits issus du premier appel à projets sont mis à disposition depuis le 31 août et "d’autres appels à projets sont à venir". Elle évoque à cette occasion les "outils incroyables", les véritables "pépites" que fabriquent les enseignants, et elle répond à Sophie Guichard qu’effectivement, il faut que le ministère "trouve un mode de reconnaissance" de leur travail, et du temps qu’ils y consacrent.

Des données dont l’accès doit être protégé
Ce professeur de mathématiques à Lyon a en effet créé le site "mathenvideo.com" qui offre "plus de 4 500" petites vidéos pour apprendre à son rythme, mais aussi dans un cadre scolaire. Cette enseignante, qui y consacre un temps fou, se défie en revanche des MOOC comme ceux de la Khan academy, qui, laissant l’élève seul avec ses difficultés, risquent de creuser les écarts.

Thierry de Vulpillières (Microsoft) évoque lui aussi "l’hyper productivité" des enseignants, et il souligne l’importance des mutations en cours. C’est ainsi qu’au Danemark, les élèves sont invités à utiliser Internet quand ils passent l’équivalent du bac. "Dans un monde de surabondance, il s’agit de trouver l’information pertinente". Mais il souligne aussi que toute utilisation de l’informatique laisse des traces. Ces données, le "big data", permettent de personnaliser l’enseignement en repérant les difficultés d’un élève, mais leur usage peut être dangereux et leur accès doit être soigneusement protégé. Jean-Marc Merriaux (Canopé) estime lui aussi que le numérique permet "la différenciation dans les apprentissages", mais qu’il permet aussi la création de "communautés d’élèves". Encore faut-il que l’architecture scolaire et l’aménagement des espaces ne l’empêchent pas.

A noter que le prochain numéro de la revue Diversité (éditée par Canopé) a pour sujet "Ce que le numérique peut en éducation".

Extrait de touteduc.fr du 20.09.16 : 9ème journée du refus de l’échec scolaire : le numérique est un outil dans cette lutte (N. Vallaud-Belkacem)

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