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Réussite éducative (suite) : le CGET ajoute une étude de Trajectoire à celle de l’IPP et préconise de renforcer le lien entre le PRE et l’Education nationale, particulièrement dans les REP+

10 mars 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Voir en bas de la page l’additif du 14.03.16 : Le Café pédagogique commente le communiqué du CGET sur les deux études d’évaluation du PRE

 

Développé dans le cadre de la politique de la ville, le programme de réussite éducative (PRE) a fait l’objet d’un suivi spécifique dès sa création, il y a dix ans. Le CGET publie, aujourd’hui, la première étude quantitative et la première étude qualitative afin d’établir le premier bilan global de ce dispositif.

Le programme de réussite éducative (PRE) a concerné plus de 100 000 enfants de 2 à 16 ans en 2014-2015. Lancé il y a dix ans, il n’avait fait l’objet d’aucune mesure d’impact sur les bénéficiaires, ni d’étude globale jusqu’ici. Afin de pallier ces manques, le CGET a prescrit et financé deux études dans une optique évaluative et prospective.

À découvrir sur le site du CGET :

une étude quantitative réalisée par l’Institut des politiques publiques (IPP)
Cette étude a concerné les enfants de 133 écoles de territoires prioritaires de la politique de la ville. Elle a interrogé les élèves, leurs parents, leurs enseignants et des coordonnateurs PRE ;

une étude qualitative réalisée par le bureau d’études Trajectoires (127 p.
En réalisant 128 entretiens qualitatifs approfondis avec les principaux partenaires, acteurs et bénéficiaires des projets locaux, cette évaluation permet d’apprécier les PRE dans l’ensemble de leurs dimensions scolaire et sociale.

une note de synthèse reprenant l’essentiel des résultats et les préconisations partagées (14 p.)

la liste des préconisations (2 p.).

 

Ci-dessous le texte des préconisations

Pour une amélioration du programme de réussite éducative
PRÉCONISATIONS

Les travaux d’évaluation soutenus par le CGET ont mis en avant plusieurs recommandations qui méritent dès lors d’être approfondies pour faire évoluer significativement et rapidement le programme de réussite éducative.

Ces pistes d’amélioration font actuellement l’objet d’une réflexion plus large dans le
cadre d’un groupe de travail partenarial mis en place par le CGET avec le concours du
Ministère de l’éducation nationale et les acteurs impliqués de la réussite éducative.

MIEUX PRENDRE EN CHARGE LES ENFANTS
ORIENTÉS VERS LE PRE
Revisiter les propositions de parcours en direction des bénéficiaires d’un accompagnement personnalisé afin de déclencher le plus d’effets positifs
L’analyse a montré que les publics actuellement bénéficiaires de la réussite éducative
ne voient pas tous évoluer positivement leur trajectoire malgré le parcours personnalisé proposé.

Il est essentiel de centrer l’action des PRE sur les enfants pour qui le dispositif est le
plus efficace.
Ainsi, en lien avec l’Education nationale, une meilleure connaissance de la
diversité des publics doit conduire à une modulation du type et du niveau de prise en
charge des enfants repérés.
Ces orientations, en cours de discussion au niveau national, devront faire l’objet d’une
déclinaison locale, ce qui pose notamment la question du comité de pilotage, de sa
composition, de son rôle et de ses responsabilités qui doivent être renforcés.
Développer des modalités de prise en charge spécifiques pour les enfants les plus
en difficulté
Les enfants et les familles les plus en difficultés sont quant à eux dans de telles situations que les parcours proposés ne suffisent pas à inverser la tendance pour la rendre vertueuse. Le dispositif ne permet pas d’impacter durablement la trajectoire éducative et scolaire de cette catégorie d’enfants dont le cadre familial (souvent des familles monoparentales) est très défavorisé.

Il est nécessaire de redéfinir les modalités de prise en charge par le dispositif de ces
enfants les plus en difficulté, en lien étroit avec les services compétents (CAF, Conseil
Départemental, Services sociaux de l’Education nationale...).

Pour ces situations, le PRE doit jouer un rôle d’interpellation et de mobilisation du droit
commun. Cette intervention ne mobilise donc pas la fonction de référence de parcours, mais relève de la coordination et d’une orientation en aval du repérage effectué.

RENFORCER LE LIEN ENTRE LE PRE ET L’ÉDUCATION NATIONALE
Aujourd’hui, le lien entre le référent de parcours et l’enseignant – ou le professeur principal – de l’enfant accompagné par le PRE n’est pas formalisé. Ce travail doit être effectué au moins à deux niveaux :

• l’élaboration d’une stratégie commune, discutée au sein des comités de pilotage et
de comités techniques ;
• la formalisation d’objectifs concrets relatifs aux effets de l’accompagnement du PRE
sur la scolarité de l’enfant et ses résultats scolaires.

Dans ce cadre, l’enseignant demeure le chef de file concernant la scolarité et la réussite scolaire de l’enfant ; pour autant, le référent PRE, doit être en capacité de mobiliser les leviers pour agir sur tous les déterminants permettant d’optimiser les enseignements diligentés.
Il s’agit donc de systématiser les relations directes entre le référent de parcours et
l’enseignant de l’enfant, qui connaissent tous les deux l’enfant et sa famille, afin de
renforcer les effets du PRE sur la performance scolaire.

Les enseignants, en particulier dans les territoires en REP +, pourraient voir intégrer dans leurs missions ces rendez-vous avec les référents de parcours.

AMÉLIORER L’ARCHITECTURE DES PRE
Des recommandations sont également faites sur l’architecture même des projets de
réussite éducative, et notamment concernant la prise en compte de l’échelle intercommunale dans sa gouvernance, afin de valoriser toutes les ressources disponibles sur un territoire, tout en maintenant l’opérationnalité du dispositif à l’échelle communale.

Dans ce cadre et pour aller plus loin, une réflexion est engagée sur le rôle et les missions des coordonnateurs de PRE, notamment sur le renforcement des liens avec les enseignants et les services chargés des questions de parentalité et des familles en grande difficulté (conseils départementaux, CAF)

Extrait de la lettre du cget du 10.03.16 du 10.03.16 : Dix ans de programme de réussite éducative : le CGET publie deux études d’évaluation (avec plusieurs analyses de l’étude)

 

VOIR AUSSI
"Evaluation des Programmes de Réussite Educative", mars 2016. Le rapport de l’IPP conclut à "une absence d’effet des parcours PRE sur la situation des enfants". Trois analyses du rapport

 

Additif du 14.03.16 :

"Le PRE est bien en capacité d’agir sur les conditions menant à la réussite scolaire. Pour être disponible pour les apprentissages, les enfants doivent pouvoir leur donner un sens, savoir qu’ils sont capables de réussir et se sentir soutenus si ce n’est en sécurité dans leur environnement familial, social, économique et urbain. À l’heure où l’enjeu de l’acquisition par tous des savoirs du socle commun, dans la perspective de former des citoyens autonomes et éclairés dans un monde complexe est primordial, il est essentiel d’agir en amont de la question scolaire, pour ne pas laisser sur le bord du chemin les plus fragiles, ceux qui, au vu de toutes les données aujourd’hui disponibles, ont déjà le moins de chance de réussir scolairement et sont par ailleurs le moins en capacité de saisir seuls les ressources dont dispose le droit commun".

Commandé par le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), un second rapport "qualitatif" sur les programmes de réussite éducative (PRE) conclue positivement à leur prolongation. Il tente ainsi de nuancer les conclusions du rapport "quantitatif’" de l’ Ecole d’économie de Paris qui a démontré que les PRE n’avaient, au mieux, aucun effet sur les compétences des enfants. Le rapport préconise de poursuivre les PRE, de renforcer le lien entre référent et enseignant et de recibler les PRE sur les enfants les moins en difficulté.

Les Programmes de réussite éducative (PRE) visent à prendre en charge de façon globale, et sous la direction du Ministère de la Ville, les enfants les plus fragiles à partir de 2 ans, repérés souvent par l’école. Il s’agit de mettre en place une réponse globale à leurs difficultés en amenant les différents acteurs (école, services sociaux, municipalités etc.) à travailler ensemble. Pour chaque PRE, un coordinateur est chargé d’articuler le parcours et assurer le suivi individualisé des enfants bénéficiaires en proposant des aides dans différents domaines (scolaire, social, sanitaire, culturel, sportif) en accord avec les familles. Aujourd’hui près de 100 000 jeunes bénéficient d’un PRE pour un coût global estimé à une centaine de millions, pris majoritairement en charge par les communes.

Un rapport "qualitatif" après un "quantitatif"
Début mars 2016, un rapport réalisé par l’Institut des politiques publiques, Ecole d’économie de Paris, sous la direction de Pascal Bressoux, Marc Gurgand, Nina Guyon, Marion Monnet et Julie Pernaudet, pour le CGET, démontre l’inefficacité des programmes de réussite éducative. Ce rapport "quantitatif", suit une cohorte de plusieurs centaines d’écoliers en la comparant avec un échantillon témoin. La conclusion est sans appel : "Il n’existe pas, dans nos données, d’indice permettant de démontrer que les Programmes de Réussite Educative (PRE) ont, en moyenne, fait progresser, sur le plan cognitif et non-cognitif, les enfants bénéficiaires davantage que des enfants non-bénéficiaires aux difficultés de départ très comparables", écrivent les auteurs.

Le nouveau rapport "qualitatif" que vient de publier le CGET a été réalisé par Pascal Bavoux, Valérie Pugin et Justine Lehrmann pour Trajectoires. La méthodologie est bien différente. L’étude n’interroge pas l’évolution des compétences des enfants. Elle repose sur 128 entretiens réalisés majoritairement avec des acteurs des PRE (référents, directeurs d’école, assistantes sociales, etc.) parfois avec des familles sur 8 territoires.

Des effets positifs pour les PRE
Globalement les acteurs interrogés ont une opinion positive des PRE. Comme le dit le rapport, "le retour des acteurs de terrain sont positifs.. le PRE a entrainé un renforcement des partenariats entre les acteurs éducatifs des territoires comme aucun dispositif ne l’avait fait au préalable". Ils en apprécient la souplesse. Le rapport souligne que "cette satisfaction générale exprime le besoin des adultes de se rencontrer et de se parler pour essayer de résoudre les difficultés des enfants".

L’étude conclut à des effets positifs des PRE dans plusieurs domaines. A commencer par la santé car le PRE permet un suivi des soins. En matière scolaire le rapport souligne que les acteurs interrogés estiment que beaucoup d’enfants progressent dans leurs rapports à l’école et certains dans leurs apprentissages même s’ils ne rattrapent pas le retard scolaire.

Parmi les leviers de réussite des PRE, le rapport cite la relation entre enseignant et référent, l’accompagnement personnalisé de l’enfant, la souplesse du cadre d’intervention permettant de mieux s’adapter aux besoins.

Quatre groupes d’enfants évalués
Le principal axe suivi par le rapport consiste à définir les jeunes suivis par les PRE en 4 groupes en affectant à chacun un degré variable d’efficacité du PRE toujours en fonction du ressenti des acteurs. Le rapport donne pour chaque groupe des exemples émouvants des situations dans lesquelles vit une partie de la jeunesse.

Un premier groupe serait constitué d’enfants ayant des difficultés scolaires ponctuelles liées à un manque de travail ou d’autonomie. Pour les auteurs, ce groupe, qui représente 10% des enfants suivis, ne relèverait pas du PRE mais d’une remédiation scolaire interne à l’éducation nationale.

C’est sur le second groupe que le PRE aurait l’impact le plus positif selon cette étude. Il concerne un quart des bénéficiaires . Il s’agit d’enfants ayant des difficultés scolaires liées à un problème de santé ou familial. Pour le rapport , pour ces enfants le dispositif est "approprié". Le groupe "concerne des enfants qui rencontrent une fragilité dans un domaine particulier, qui met en péril leur capacité à apprendre : une mauvaise estime de soi qui impacte fortement le comportement face aux apprentissages, un problème de santé non détecté ou non pris en charge, un événement familial qui déstabilise ponctuellement l’enfant, etc", écrit le rapport. "Pour ces enfants, le dispositif s’avère particulièrement approprié dans un temps d’accompagnement raisonnable, puisqu’il permet bien de les repositionner dans une trajectoire scolaire positive, d’acquérir les savoirs essentiels à la poursuite d’une scolarité « classique ». La mobilisation des parents au cours de l’accompagnement permet au référent de proposer des actions adaptées, éventuellement d’accompagner vers de nouveaux acteurs/structures et de passer le relais au droit commun dans un délai d’accompagnement limité."

Un troisième groupe concerne un tiers des enfants. Ce sont des jeunes cumulant les difficultés mais ayant des parents mobilisés : là les effets seraient "nuancés" mais le PRE permettrait au moins de laisser les enfants scolarisés.

Un quatrième groupe concernerait un tiers des enfants ayant le même cumul de difficultés mais avec des parents non mobilisés : là le PRE ne permettrait pas de régler les difficultés. Le rapport préconise de sortir ce enfants du PRE.

Préconisation : continuer en resserrant le public ciblé
Les préconisations du rapport visent à renforcer l’efficacité du PRE. Le rapport demande le renforcement de l’alliance éducative entre le référent de l’enfant et l’enseignant. " Il s’agit de systématiser les relations directes entre le référent de parcours et l’enseignant de l’enfant qui connaissent tous les deux l’enfant et sa famille dans la proximité pour renforcer les effets du PRE sur la performance scolaire. Ceci permet de construire une stratégie collective au sein de laquelle l’enseignant est le chef de file concernant les aspects liés à la scolarité de l’enfant et où le référent est en capacité de mobiliser les leviers pour agir sur ses autres champs de difficultés pour faciliter in fine le travail de l’enseignant." Pour cela le rapport préconise au moins deux rencontres obligatoires par an entre eux.

Le rapport demande aussi à "mieux cibler le public bénéficiaire des PRE". " Il s’agit de cibler d’une part les enfants du deuxième ensemble avec une difficulté simple et cernée (familiale, ou de santé, ou autre) engendrant des difficultés scolaires. Ceux-ci pourraient constituer les 2/3 du public pris en charge dans le cadre des parcours de réussite éducative. Il s’agit d’autre part de continuer à prendre en charge des enfants du troisième ensemble, mais tout en se donnant l’objectif qu’ils constituent environ 1/3 des accompagnements mis en oeuvre dans la mesure où l’accompagnement à proposer doit être renforcé et plus long pour produire des effets." Les enfants les plus en difficulté ne relèveraient plus des PRE.

Les autres préconisations sont plus techniques : réfléchir davantage au pilotage des dispositifs, investissement renforcé des communes sur certains PRE, réflexion sur les missions des coordinateurs.

Un rapport touchant mais peu convaincant
Ce rapport est souvent touchant parce qu’il montre des réalités de terrain alors que le rapport quantitatif avait la sécheresse des données. Il montre l’engagement réel des acteurs, les efforts qu’ils font pour sauver des enfants pris dans des situations souvent dramatiques.

Mais la méthode suivie a ses limites. Ces entretiens restituent le ressenti des acteurs. Ils ne permettent pas d’évaluer réellement les retombées des PRE. Le rapport restitue ainsi des choses diverses : la complexité et la variété des situations, le ressenti des familles. Il nuance la vision qualitative. Mais il mesure plus la bonne volonté des acteurs, voire leurs illusions, que les effets réels des PRE. Pour les effets réels des PRE il faut s’en remettre au rapport "quantitatif", celui de l’Ecole d’économie de Paris. Celui-ci soulignait d’ailleurs les "prophéties auto-réalisatrices" des acteurs...

Certaines recommandations semblent irréelles pour un rapport de terrain. Par exemple comment améliorer le lien entre référent et enseignant, celui ci étant censé bien connaitre la famille, l’enfant et son environnement, alors que les établissements REP connaissent un turn over massif et que les enseignants fuient le quartier ?

Mettre l’engagement financier au niveau du nécessaire
Le rapport met en avant la noblesse et la bonne volonté des acteurs. Mais du coup il passe totalement en silence la réalité du sous investissement des PRE. L’engagement moral et humain est très fort. Mais l’engagement financier des collectivités et de l’Etat en faveur de ces enfants est insignifiant : environ 850 euros quand les exemples qui réussissent à l’étranger exigent 10 fois plus.

Si l’on conclut sur ces deux rapports, on peut dire que maintenir les PRE en l’état c’est se désintéresser des enfants qui ont besoin de la solidarité nationale et tromper les acteurs. Cela ramène à une conclusion du rapport quantitatif. "Pour être plus efficaces face aux défis immenses présentés par les enfants dans des situations sociales très difficiles, les PRE devraient donc peut-être disposer des moyens de déployer beaucoup plus souvent leurs propres interventions, et cibler davantage les enfants d’âge préscolaire".
François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 14.03.16 : PRE : Un nouveau rapport "qualitatif" valide le maintien des PRE

 

 

RÉCAPITULATIF DES AUTRES RAPPORTS RÉCENTS

Evaluation des PRE (suite) : après son "document de référence" de janvier 2016, l’Anaré publie un communiqué contestant le rapport de l’IPP (22.03.16)

Evaluation du programme de réussite éducative (suite). Deux autres bilans : "l’enquête annuelle de suivi" du CGET (octobre 2015) ; le "document de référence" de l’Anaré (janvier 2015) (15.03.16)

"Evaluation des Programmes de Réussite Educative", mars 2016. Le rapport de l’IPP conclut à "une absence d’effet des parcours PRE sur la situation des enfants". Trois analyses du rapport (01.03.16]

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