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Par Denis Paget, membre qualifié du Conseil Supérieur des programmes et Patrick Rayou, professeur des universités, responsable du groupe d’élaboration des programmes du cycle 4
[...] La crainte s’exprime aussi de voir se diluer les disciplines dans des travaux interdisciplinaires qui pourront être travaillés au collège pour la première fois dans des horaires dédiés. Certes, transposer les TPE du lycée au collège sans penser une progression des méthodes du travail d’équipe sur projet, serait bien hasardeux. Mais croire qu’on ne peut pas travailler des contenus disciplinaires précis sur des enseignements interdisciplinaires serait très dommageable au moment où toutes les évaluations nationales et internationales nous renvoient l’image d’élèves français qui savent restituer leurs connaissances dans le contexte d’apprentissage mais se révèlent très faibles dans la prise d’initiative, le goût de l’argumentation et de l’écriture et l’usage de leurs connaissances dans des situations inattendues.
Quel que soit le jugement que l’on porte sur le dispositif horaire de la réforme qui vise à reporter de difficiles arbitrages entre les disciplines et les dispositifs pédagogiques (petits groupes, accompagnement...) sur les établissements, l’horaire hebdomadaire d’un élève de collège n’est pas extensible à l’infini et l’introduction d’enseignements pluridisciplinaires ne peut pas s’ajouter systématiquement à une grille actuelle déjà chargée, surtout si l’on y ajoute des systèmes d’options ou d’enseignements complémentaires.
Ces projets ne sont pas ceux des services du ministère. Ils ont été conçus par des groupes composés d’universitaires, de membres des corps d’inspection, de formateurs d’enseignants et de professeurs en exercice. Ils sont soumis à consultation en mai et juin. Le Conseil Supérieur des programmes reverra ensuite sa copie en fonction de cette consultation. Il a montré qu’il tenait le plus grand compte de l’avis des professionnels sur les programmes de l’école maternelle et sur la définition du socle. Que chacun s’en mêle donc.
Extrait de lemonde.fr du 20.05.15 : Un débat lucide sur les projets de programmes
Le collège, véritable creuset des inégalités, pose la question du lien entre ségrégation sociale, sectorisation et difficultés scolaires.
Sandrine Doucet* , qui anime l’Observatoire de l’éducation de la Fondation, revient sur la pertinence d’une réforme pour
restaurer le principe républicain d’égalité.
(*Députée de la Gironde, membre du Conseil supérieur des
programmes, co-directrice de l’Observatoire de l’éducation de la
Fondation Jean-Jaurès)
[...] Dans un espace scolaire libéralisé, quelle stratégie
pour les établissements ?
Face à cette concurrence ouverte, les stratégies déjà déployées par les parents pour éviter certains établissements ont trouvé un écho dans celle des établissements. Puisque le marché s’est ouvert, la liberté de choix amplifiée, il fallait capter cet accroissement de la circulation des élèves, cette augmentation des possibles. Plus que de raison, il ne s’agissait pas de retenir ceux qui pouvaient partir, mais d’attirer ceux qui pourraient y venir. D’où la justification des sections à options particulières.
Les critiques actuelles, face à la réforme annoncée, montrent bien l’usage qui était fait de certains enseignements. Les revendications concernant l’apprentissage du latin et du grec trouvent plusieurs justifications : culturelles – il s’agit de connaître nos racines –, pédagogiques – les langues anciennes améliorent l’apprentissage du français –, émancipatrices – elles permettent aux talents et à l’effort de se déployer. Ces critères conjugués montrent une autre face des choses : seuls 19 % des élèves font du latin en cinquième, 15 % en troisième et 5 % au lycée. L’érosion des chiffres à l’occasion du passage en seconde révèlerait-il, finalement, le seul rôle de passeport du latin, pour être dans la bonne classe, ou le bon lycée ? Pour le grec, entre collège et lycée, ils sont 1,5 % et 1 % d’apprenants.
[...] Dans un collège réformé, la fin des concurrences
entre disciplines
Plus de concurrence entre les classes et un temps dédié à d’autres pratiques interdisciplinaires remodèlent le territoire du collège comme lieu de savoir. La parole est redonnée aux enseignants qui décideront de l’organisation de ce temps dédié à d’autres méthodes. Elles doivent permettre aux élèves d’exprimer leurs compétences.
À force d’avoir voulu libéraliser le système jusqu’à la fractale la plus réduite et la plus insidieuse en termes de dégradation du climat social, c’est-à-dire l’élève face à ses semblables, l’école renoue avec le principe d’égalité. Les disciplines ne sont plus objets de concurrence, mais de concomitance dans les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), et redonnent aux enseignants des espaces collaboratifs. Pour illustrer le principe de cette réforme, on évoque souvent le collège expérimental Clisthène à Bordeaux. Mais si l’on doit regarder cet établissement comme un modèle, c’est surtout sur cet aspect du travail collectif des enseignants, afin de consacrer du temps à une autre pédagogie, favorisant par d’autres méthodes les acquis du socle. Il s’agit de la restauration de la confiance faite aux équipes pédagogiques.
Extrait de jean-jaures.org du Concurrence territoriale et réforme du collège
Voir le mot-clé Pédag. interdisciplinaire, EPI [Act.] (gr 4)/