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Une école publique fragilisée qui peine à valoriser ses atouts
Iannis Roder, Marie-Laure Tirelle
À l’occasion du colloque du Comité national d’action laïque (Cnal) « Choisir l’école publique », Marie-Laure Tirelle, secrétaire générale du Cnal, et Iannis Roder, directeur de l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean-Jaurès, analysent les résultats d’une enquête Ifop menée auprès des parents d’élèves. Celle-ci montre un fort attachement à l’école publique, mais aussi que le système reste fragilisé par des difficultés structurelles sur lesquelles il convient de se mobiliser pour lui redonner les moyens de sa mission d’égalité.
L’enquête réalisée par l’Ifop pour le Comité national d’action laïque (Cnal)1 indique que 77% des enfants sont, en France, scolarisés dans le secteur public d’enseignement, 19% le sont dans le privé sous contrat et 4% dans le privé hors contrat. L’école publique occupe ainsi la place prépondérante qui a été pensée et voulue au sein de la République, dont elle est, par essence, l’outil intégrateur et perpétuateur. Les parents sont 73% à scolariser leurs enfants uniquement dans le secteur public et 18% ont varié entre enseignement public et privé. Seuls 9% ont fait l’unique choix du privé pour les fratries.
L’école va mal
Néanmoins, si l’école publique est bien le cœur du réacteur de l’enseignement en France, elle ne semble pas se porter pas au mieux. Les études (portant sur le public et le privé de façon conjointe) montrent un décrochage du niveau des élèves, notamment parmi les classes sociales les plus défavorisées. Les professeurs ne sont pas en reste : les études réalisées par la Fondation Jean-Jaurès2 et, plus récemment, le rapport Talis de l’OCDE présenté le 7 octobre dernier par Éric Charbonnier mettent en lumière les difficultés que rencontrent aujourd’hui ces professionnels de l’éducation. Le baromètre Unsa-Éducation 2025, sondant uniquement les personnels du système public, montre ainsi que si les personnels aiment leur métier (90%), ils ne sont plus que 73% à se dire heureux de l’exercer, contre 81% en 2018. Une baisse qui fait écho à l’alerte sur les conditions de travail qui sont jugées insatisfaisantes par 67% des répondants. La conséquence, dans une période de tension quant à l’attractivité du métier, est bien que les professeurs soient de plus en plus nombreux à souhaiter quitter la profession : 37% pour un autre métier du secteur public et 25% pour le secteur privé.
De plus, l’école publique est rarement mise en lumière dans les médias pour ce qu’elle apporte de positif au quotidien, mais plutôt pour ce qui dysfonctionne, comme en a évidemment témoigné l’épisode de l’image désastreuse que véhicula la fugace ministre de l’Éducation nationale Amélie Oudéa-Castera en expliquant que son choix d’une école privée sélective pour ses enfants, dans un des quartiers les plus privilégiés de Paris, était dû à l’absentéisme des professeurs de l’école publique du quartier3. De fait, cet absentéisme n’était pas avéré, mais la sortie polémique de la ministre ne pouvait qu’ajouter à cette image abîmée d’une école publique en souffrance.
Le travail réalisé par le Cnal à partir du sondage réalisé par l’Ifop intitulé « Étude auprès des parents d’élèves sur le choix entre l’école publique et privée », mais aussi à partir de témoignages de parents et d’auditions d’experts restitués dans son rapport Choisir l’école publique !, insiste, entre autres sujets, sur cette dégradation de l’image de l’école publique auprès des Français. L’école des « hussards noirs de la République » semble aujourd’hui avoir du plomb dans l’aile auprès de la population et ne plus être considérée comme permettant de faire réussir au mieux les élèves, dans une ambiance sereine et apaisée.
Une image dégradée de l’école publique ? Pas si sûr…
Le Cnal est le comité national d’action laïque rassemblant les parents de la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves), la Fédération des DDEN (délégués départementaux de l’Éducation nationale), la Ligue de l’enseignement, l’Unsa-Éducation et le SE-Unsa. Depuis sa création en 1953, il défend et promeut la laïcité de la République, notamment dans le champ de l’école. C’est aujourd’hui un acteur clé du mouvement laïque en France. Son rapport nous révèle une école publique à l’image dégradée. Cette image repose sur l’idée que l’école privée accompagnerait mieux les élèves, notamment ceux qui rencontrent des difficultés, ferait mieux réussir les élèves en général, tout en offrant un cadre plus sécurisant et une discipline bien mieux cadrée. A contrario, l’école publique ferait preuve de laxisme, serait le théâtre d’une plus grande violence, obtiendrait de moins bons résultats en termes de réussite scolaire et souffrirait d’un absentéisme plus important des professeurs.
De fait, les parents ont des attentes bien établies concernant l’école. Les critères qu’ils mettent ainsi en avant concernant leur choix de l’école sont liés à la qualité de l’enseignement (98%), au bien-être de leurs enfants (98%), à la sécurité (96%), au suivi des élèves (96%), mais aussi aux absences non remplacées (93%), au niveau des élèves (93%) et au nombre d’élèves par classe (93%), c’est-à-dire aux conditions de travail offertes par l’école. Sans nier ici les difficultés rencontrées par l’école publique, il est néanmoins intéressant de noter que les principaux résultats de l’étude réalisée par l’Ifop semblent modérer, dans l’ensemble, l’idée que celle-ci souffrirait d’une image négative généralisée. Non seulement les trois quarts des parents considèrent que la qualité de l’enseignement a été un critère du choix de l’école publique, mais, surtout, ils sont 93% à considérer que l’école publique fait réussir leurs enfants (96% pour l’école privée) tout en leur offrant du bien-être, comme en témoignent 71% d’entre eux qui en ont fait un des critères essentiels de leur choix du public.
Mais des a priori persistants
Toutefois, si la grande majorité des parents interrogés reste positive sur la confiance qu’ils ont à l’égard de l’école publique, les résultats du sondage laissent apparaître des écarts sensibles avec les conditions qu’offrirait l’enseignement privé. 85% des parents ayant fait le choix du privé mettent ainsi en avant la qualité de l’enseignement (75% pour le public) et 76% le bien-être (71% pour le public). La sécurité est également un critère qui crée un écart avec le public : 79% en font un critère de leur choix pour le privé, contre 68% pour le public. Ces écarts se vérifient dès qu’il est question du suivi des élèves, aussi bien en termes d’encadrement et de bienveillance du personnel non enseignant (63% en font un critère pour le privé contre 56% pour le public) que pour le nombre d’élèves par classe (58% pour le privé / 50% pour le public), pour les absences non remplacées des professeurs (72% pour le privé / 54% pour le public) et pour le niveau scolaire général des élèves (63% contre 49%), ces deux derniers items révélant les écarts les plus marqués.
Nous retrouvons donc ici les principaux griefs qui sont aujourd’hui faits à l’enseignement public, quand bien même les résultats mis en lumière par l’enquête sont loin d’être catastrophiques et tendent à montrer que le niveau de confiance dans l’école publique reste conséquent. Toutefois, l’école publique souffre de la comparaison avec l’école privée en termes de résultats bruts4, quand bien même les établissements publics font davantage pour la réussite des élèves que les établissements privés à catégorie sociale équivalente5, ce que 70% des parents disent ignorer.
Le climat scolaire : un critère de choix privilégié
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S’il est évident que l’école ne va pas bien et qu’il ne nous revient pas de relativiser ce constat, il nous faut en revanche relever que les parents d’élèves sont loin de rejeter massivement l’école publique à laquelle ils font très majoritairement confiance, même si celle-ci est érodée. Conscients des enjeux et des besoins de l’école publique, les parents qui y scolarisent leurs enfants mettent ainsi en haut de la liste des urgences auxquelles l’enseignement public devrait répondre la discipline et la sécurité au sein des établissements publics d’éducation (pour 93% des parents), mais aussi le contenu des enseignements (88%) ainsi que les mixités sociales et scolaires (66%). Il est également intéressant de noter que 84% des parents considèrent qu’il est urgent de transmettre les valeurs et principes de la République, témoignant en cela d’un attachement profond au modèle républicain laïque et à ses principes, permettant in fine la cohésion sociale de la Nation, qui a tendance à se distendre depuis plusieurs années.