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Extrait de « Recherches et Prévisions » n° 79 - mars 2005 : quel avenir pour les enfants de familles défavorisées ? L’apport des travaux américains par Christine Bruniaux et Bénédicte Galtier
Présentation :
Aux États-Unis, de nombreuses études - en particulier depuis la réforme du système d’aide sociale au milieu des années quatre-vingt-dix - ont montré que les enfants élevés dans une famille pauvre ont nettement plus de risques d’être pauvres une fois adultes que ceux élevés dans une famille non pauvre. En outre, plus la pauvreté est durable et plus elle affecte tôt l’enfant, plus ses effets sont dommageables pour son avenir. Si ces résultats font l’objet d’un consensus parmi les chercheurs, il n’en est pas de même des mécanismes par lesquels se transmet la pauvreté. De la lecture des travaux réalisés sur la question, il ressort que cette transmission s’opère au travers d’un ensemble de caractéristiques des parents, voire de l’environnement dans lequel vivent les familles, qui ne se réduisent pas à leur seul niveau de revenu. Certes, ce dernier ensemble avoir des effets sur l’ensemble de la trajectoire de l’enfant, et ce dans de nombreux domaines : développement cognitif, résultats scolaires, situation d’emploi, revenu et risque de pauvreté à l’âge adulte. Mais une mesure dont le seul effet serait d’accroître le revenu des parents, sans prendre en compte l’environnement social et familial des enfants, ne suffirait pas à améliorer significativement leur devenir. En France, l’absence de panels suivant les individus sur plusieurs années,tels que ceux dont disposent les chercheurs américains, empêche de nourrir le débat public par des travaux améliorant la connaissance des mécanismes de transmission de la pauvreté.
Un extrait :
« Cependant, on peut attester que vivre dans un centre ville américain gêne la réussite scolaire et l’insertion sur le marché du travail (Peters et Mullis, 1997). L. Pagani, B. Boulerice et R. E. Remblay (1997) mettent en évidence le cercle vicieux : ces endroits transformés en ghettos cumulent le plus de pauvreté durable et les familles concernées constituent une population écologiquement distincte, notamment parce qu’elles habitent des zones déshéritées, où les opportunités de « s’en sortir » sont quasi inexistantes, où les risques de transmission intergénérationnelle de la pauvreté sont maximaux. Dans ce cas, le revenu devient à la fois un facteur endogène et exogène par rapport à l’environnement. Le fait d’habiter certains quartiers devient en lui-même un facteur d’enfermement dans la pauvreté, de stigmatisation, renforcé pour les minorités ethniques par la discrimination à l’embauche (Holzer, 2001) ».